• L’équipe 1: Groupe de recherche d’histoire et des mouvements sociaux Les objectifs d’ensemble que s’assigne la présente équipe étant d’étudier et d’analyser les évolutions et les tendances « lourdes » qu’a connues la société algérienne depuis l’indépendance, et d’essayer de mettre au jour les avancées et/ ou les reculs enregistrés en matière de progrès social, économique et scientifique.
  • L’équipe 2: Equipe de recherche sur la sociologie et les politiques du développement durable Le thème du développement durable, celui de la mondialisation et des changements qui s’opèrent au niveau des superstructures économiques de l’ordre mondial auquel notre pays est tributaire, figurent parmi les objectifs, entre autres, auxquels s’attèlent les membres de cette équipe.
  • L’Equipe 3: Groupe d’études des conduites sociologiques dans l’Algérie contemporaine Les objectifs de cette équipe cadrent tout à fait avec la perspective du présent laboratoire. Constituée de jeunes femmes dynamiques et fortement motivées par le devenir de la société et de la famille algériennes, cette équipe se donne pour objectif d’étudier les nouvelles formes de sociabilité...
  • L’Equipe 4: Equipe de recherche et de reconstitution de l’histoire de la résistance nationale La présente équipe se donne pour objectifs et missions d’étudier d’un point de vue à la fois diachronique et synchronique l’histoire nationale, ancienne et moderne, de manière à restituer les faits historiques et les facteurs qui ont contribué, à travers le temps,...

DOSSIER COLLOQUE INTERNATIONAL Décembre 2013

Album photos COLLOQUE INTERNATIONAL 12/2013

LA BANALISATION DU PLAGIAT ET LE TRIOMPHE DE LA MEDIOCRITE AU SEIN DE L’UNIVERSITE ALGERIENNE

Écrit par Super User.

Par le Pr.Ahmed ROUADJIA

Le plagiat et le remplissage sont le reflet fidèle non seulement d’une paresse intellectuelle flagrante, d’une quête facile pour l’obtention du diplôme pour le diplôme, signe de pure prestige, mais aussi et surtout une atteinte grave à l’image que l’on se fait du savoir et de la connaissance vrais.

Forme vicieuse et viciée, le plagiat peut être saisi et défini comme une activité qui déshonore aussi bien la science que le pays qui la tolère ou dont la politique d’enseignement et d’éducation accorde la belle part à l’administratif au détriment de la compétence scientifique. Ce qui se passe dans notre pays depuis l’indépendance, c’est justement cet état d’esprit consistant à donner systématiquement le primat de l’administratif et du « technique » sur le scientifique qui, à son tour se trouve complètement asservi par le politique dont les humeurs ne s’accommodent pas d’avec l’autonomie de la pensée critique et de la science saisie dans ses diverses fonctions cognitives. Le plagiat, et partant la dégradation constante du contenu de l’éducation, de l’enseignement et de la recherche dans notre pays ne sont pas des phénomènes étrangers aux rigidités des structures mentales et politiques de la machine d’Etat dont les rouages étouffent ou inhibent complètement l’esprit critique et les initiatives, individuelle et collective, susceptibles de transformer les énergies potentielles de la nation en des énergies cinétiques, c’est-à-dire en forces actives et créatrices de plus- value.

Quand le MESRS plagie des modèles de réforme exogène…

Censé corriger ces faiblesses, voire provoquer une réforme en profondeur de l’Enseignement supérieur de la recherche scientifique, le LMD tel qu’il est enseigné sous sa forme empruntée, nous mène en fait de dépendance en dépendance mentale et culturelle; car ce LMD dont on chante les prétendus mérites ou efficacité n’a pas été le produit de nos efforts de réflexion propres, mais le résultat d’un plagiat grossier et honteux pour un pays qui revendique son autonomie et son indépendance culturelle . Il procède d’une représentation politique aliénée au sens fanonien, et donc d’une posture hétéronome, selon Kant. Ce LMD est une imitation, une sorte de plagiat de mauvais goût opéré par le MESRS, appliqué à la sauvette, et non un projet de réforme original dont il pourrait revendiquer avec fierté la paternité .
Dès lors, se pose la question suivante : Comment peut-on faire griefs aux enseignants et aux étudiants qui font du plagiat et du remplissage une profession de foi quand notre tutelle elle-même s’adonne sous couvert de légalité à cette pratique de copiage en forme de transposition de modèle exogène? Le LMD n’est-il pas cette forme officielle et détournée du plagiat dont on dénonce pourtant les méfaits ou les effets pervers? Ce LMD, version pâle et pâlissante de l’original européen, n’est-il pas un aveu d’impuissance camouflée de notre tutelle et de ses experts empressés à imaginer par eux-mêmes une réforme endogène capable d’adapter ses méthodes et ses contenus à l’environnement local, économique, social et culturel?

Les discours démagogiques sur la valorisation des compétences et du retour des exilés.

Au- delà des questions purement éthiques et morales, il y a ces questions cruciales qui ressortent de la compétence et de l’efficacité. Or, l’Algérie qui s’est engagée dans des réformes tout azimut ( politique, économique, sociale, judiciaire et éducatif…) ne souffre pas de manque d’intelligence et de moyens, mais d’une mauvaise gestion de ces ressources précieuses. Comme nous l’avons souligné en de multiples occasions, nous disposons d’énormes capitaux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et d’hommes compétents pour les faire fructifier. Cependant, nous ne faisons rien qui puisse mettre en valeur ces ressources diversifiées, humaines et matérielles. Pourquoi ? parce que les vraies compétences internes et celles de la diaspora ne bénéficient pas des sollicitudes et de l’intérêt qu’elles méritent de la part des pouvoirs publics. Alors que les compétences internes sont marginalisées ou poussées à leur corps défendant à l’exil devant le triomphe croissant des incompétents, de parvenus et de titulaires de diplômes douteux, de doctorats bâclés, suite aux complaisances et au favoritisme, celles de l’extérieur sont regardées sinon avec méfiance, du moins avec indifférence. Le discours de certains de nos responsables politiques à qui il arrive de parler du retour de nos exilés compétents en affectant des émotions patriotiques, relève en fait plus de la représentation et de la comédie larmoyante, que d’une attitude sincère. Il ne s’agit pas de clouer au pilori tous les hommes politiques et tous les hauts fonctionnaires parmi lesquels il en est beaucoup qui sont d’honnêtes gens et qui pensent et agissent en véritables commis de l’Etat. Il s’agit tout simplement de dénoncer les incohérences, les contradictions et les irrésolutions qui président à l’action de l’Etat en tant que figure représentative, transcendante et légitime de la société, pour parler comme Kant. Les incohérences ne sont pas attribuables à tous les secteurs étatiques ni à tous les responsables qu’ils gèrent. Mais seulement à certains d’entre eux. Prenons par exemple le cas du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, secteur dont nous connaissons le mieux les discours manifestes et latentes ainsi que les pratiques qui en résultent . La première distorsion qui saute aux yeux, c’est que ce Ministère s’est engagée dans une réforme de l’enseignement, sans qu’ils ait explicité cependant aux étudiants, aux parents d’élèves et aux enseignants les véritables enjeux de cette réforme. Qui plus est, sa stratégie même à l’égard des compétences devant participer à la réussite de cette réforme, demeure sinon démagogique, du moins ambiguë. Comment peut –on conduire une réforme réussie du LMD lorsque les meilleures compétences nationales disponibles tant à l’intérieur qu’ à l’extérieur du pays ne font l’objet d’aucune stratégie clairement affirmée de réintégration ou d’insertion effective au sein des différents dispositifs mis en place ? Comment prétendre remédier à la mauvaise qualité de l’encadrement de l’université et atteindre l’ « assurance- qualité » quand la médiocrité et le plagiat reflétés dans les thèses produites triomphent sur la qualité, et quand, enfin, les portes des universités sont grandement ouvertes comme en guise de recyclage et de promotion aux enseignants des lycées, voire même à ceux des collèges ?

Le plagiat et le triomphe de la médiocrité peuvent-ils être aboli par « décret » ?

Que le nouveau décret exécutif n° 08-130 du 3 mai 2008 relatif «au statut particulier de l’enseignant chercheur » frappe désormais de sanctions sévères l’auteur du plagiat, relève d’un acte législatif louable.. En son chapitre 8, article 24, ce décret stipule expressément qu’il «… est considéré comme faute professionnelle de quatrième (4ème) degré, le fait pour les enseignants chercheurs, d’être auteurs ou complices de tout acte établi de plagiat, de falsification de résultats ou de fraude dans les travaux scientifiques revendiqués dans les thèses de doctorat ou dans le cadre de toutes autres publications scientifiques ou pédagogiques. » En effet le plagiat a été longtemps l’une des spécialités néfastes de beaucoup de nos étudiants et chercheurs, qui n’avaient aucun scrupule à copier les autres, à « pomper » leurs pairs. Les nombreux mémoires de magisters, de thèses de doctorats de troisième cycle et d’Etat que nous avons pu lire ici et là témoignent en effet d’ un honteux « pillage » d’œuvres célèbres.

Les techniques du plagiat usités dans les mémoires de magisters et de doctorats

Outre ce plagiat « sauvage », et ce remplissage désordonné, il y a ces « méthodologies » confuses employées dans les mémoires et qui prétendent encadrer des problématiques scientifiques…Il était temps, enfin, de mettre au moins une sourdine à ce pillage inadmissible, et partant préjudiciable, à la qualité de l’enseignement et de la recherche. Mais si dissuasif qu’il puisse être, cet article de loi sur le plagiat pourrait être facilement violer tant l’encadrement de qualité et les mécanismes de contrôle efficace demeurent cruellement faibles. Si certains plagiats sont facilement détectables, parce que trop voyants ou trop « grossiers », d’autres sont en revanche plus « subtiles », car éparpillés dans les mémoires de thèses, tandis que les références et les sources réelles sont escamotées ou attribuées à des auteurs outre que ceux consultés, ce qui est une manière astucieuse de donner le change. Mais si sévère et utile qu’il puisse être, ce décret arrive cependant trop tard. Car les dégâts provoqués par le plagiat et le silence qui l’a entouré jusqu’à alors sont incommensurables. Le fait de promulguer un décret sur le plagiat est un aveu que cette pratique a bel et bien existé. Il est facile de déduire donc que le nombre de plagiaires devenus « docteurs » sont légion dans nos établissements universitaires. Ce sont ceux-là même qui encadrent à l’heure présente des milliers d’étudiants inscrits aussi bien en système classique qu’en système LMD. Ni ce décret, ni la Banque Mondiale, ni les experts étrangers, ni moins encore les experts nationaux appelés en renfort pour concrétiser les réformes d’après les réquisits de ce nouveau système, ne sauraient réparer les dégâts causés, ni mettre fin à ce plagiat « sauvage » dont beaucoup ont pris les plis et les goûts. La paresse intellectuelle, le goût contracté pour la réussite intellectuelle « facile », rapide et sans effort personnel, voilà les plaies qui rongent l’organisme entier de notre système d’Enseignement Supérieur. Le remède ? Il ne réside pas dans des saupoudrages ou dans une stratégie faite de discours démagogiques et de rafistolage, mais dans une refonte radicale du système, prenant sérieusement en compte l’usage rationnel de toutes les ressources humaines disponibles. Cela suppose une réhabilitation des compétences confirmées, et le renoncement définitif à ce laxisme consistant à élever la médiocrité au rang des vertus « scientifiques ». C’est la rançon de l’efficacité et de la performance.

Les voix indignées des témoins et des victimes du plagiat

Nous avons une foule d’exemples qui démontre que le plagiat, c’est-à-dire le vol caractérisé des œuvres d’autrui se banalise de plus en plus dans notre pays, comme se banalisent également l’attribution de diplômes de complaisance par un certain nombre de jury à des individus médiocres et dont le seul mérite digne d’être signalé est celui d’acheter je ne sais par quelle attrait magique les bonnes grâces du directeur de thèse. Les individus devenus professeurs et « docteurs » d’université par ce biais, notamment par celui du clientélisme et du copinage, ne sont pas rares et leur nombre s’accroît à mesure que l’université  » se démocratise » en recueillant en son sein d’anciens professeurs de collège, de lycées, de fonctionnaires et d’employés « déclassés » des différentes administrations.

Un chercheur Français scandalisé par le pillage de ses écrits de la part de son pair Algérien

J’ai sous les yeux un exemple, parmi quantité d’autres, qui illustre assez bien comment ces « docteurs » de chez nous en arrivent à ce statut prestigieux, à ce titre pompeux de professeurs et de docteurs en pillant le produit scientifique d’autrui. Didier Delignières de la Faculté des Sciences du Sport et de l’Education Physique de l’Université de Montpellier I, en a fait les frais. Après avoir été directeur adjoint de l’UFR STAPS de l’université en question, puis responsable des formations, Delignières assume depuis janvier 2010 la fonction de directeur de l’UFR STAPS. Sur son Blog , il fait état d’un vol dont il a été l’objet de la part d’un certain Dr Amar Rouab de l’université de Biskra. Voici comment il relate avec menus détails et preuves à l’appui les faits incriminés :  »

« Je publie ici, écrit-il, l’éditorial du n°67 de la revue Science et Motricité, consacré à une sordide affaire de plagiat. Il me semble nécessaire de faire la plus large publicité à ce type de problème.
Voici un éditorial que j’aurais préféré ne pas avoir à écrire. Mais je pense qu’il est des affaires que l’on ne peut passer sous silence, et qu’il est bon de livrer en place publique. Il s’agit d’une affaire de plagiat assez déconcertante. La revue Science & Motricité n’est pas heureusement pas en cause, mais cet exemple illustre les dangers potentiels de la diffusion sur Internet de textes, cours ou articles, et la nécessaire vigilance que les éditeurs de revues doivent conserver.
L’article en cause a été publié en 2008 dans la Revue des Sciences Humaines de l’Université Mohamed Khider de Biskra (Algérie), dans son numéro 15 (pp. 27-41). L’article s’intitule «Approche Sociologique de la Pratique d’Activité Physique et Sportive chez les Adolescents », et l’auteur en est le Dr Amar Rouab, enseignant dans cette université.
Une simple recherche de fragments de phrases de l’article sur Google nous a rapidement permis de voir que cet article est un plagiat grossier de plusieurs textes, accessibles sur internet. L’introduction de l’article (pages 28 et 29) est la simple copie de textes parus sur le site du ministère algérien délégué chargé de la Famille et de la Condition Féminine. Le Dr Rouab a copié des paragraphes complets, sans jamais citer sa source.
L’article le plus pillé a été publié en 2004 sur le site du département Education et Motricité de l’UFR STAPS de Montpellier . Il s’agit d’un cours d’Olivier Jalabert, enseignant à la Faculté des Sciences du Sport de Montpellier, intitulé « Adolescence et EPS », support d’un cours magistral donné dans le cadre de la préparation au CAPEPS. Le détail du plagiat à ce niveau est édifiant. Les pages 30, 31 et 32 de l’article de Mr Rouab sont la copie intégrale du texte de Mr Jalabert (de la page 3, ligne 1, jusqu’à la page 4, ligne 23). Les pages 32 à 38 sont la copie conforme des pages 11, puis 18 à 21 du texte de Mr Jalabert. A titre d’anecdote, Mr Jalabert avait émaillé les titres de son texte de jeux de mots autour du terme « adolescence » : ces titres ont été repris sans vergogne par le Dr Rouab. Les quelques fautes de frappes présentes dans le texte original se retrouvent également dans l’article publié par la Revue de l’Université de Biskra.
Enfin la conclusion de l’article du Dr Rouab (pages 38-41) est la copie d’un texte du docteur Michel Binder, intitulé « La pratique sportive et le développement de l’enfant et l’adolescent », mis en ligne sur le site Vo-Thuat.Net consacré aux arts martiaux vietnamiens.  »
En reproduisant in extenso le témoignage avisé de Deliginières, c’est pour faire voir au lecteur algérien honnête que le plagiat dont je n’ai de cesse de dénoncer les méfaits ne relève pas d’une fiction ou d’un acte gratuit et diffamatoire mais bel et bien d’une pratique effective, et qui n’épargne pas nos prétendus « docteurs d’Etat » fraîchement lestés de ce titre qui se révèle plus grandiloquent que grandiose.

Un étudiant algérien en Belgique au secours d’un professeur Belge victime de détournement de son « produit » scientifique à Béjaia

Voici un autre témoignage qui conforte le précédent et dont le caractère scandaleux ne laisse pas de donner la nausée à tous ceux qui se montrent attachés à la probité comme à la propriété intellectuelle: Il s’agit de ce jeune doctorant algérien qui écrit, depuis Liège (Belgique) cette lettre indignée, mais qui en dit long cependant sur les dérives délinquantes ou quasi de certains de nos professeurs et docteurs d’universités censés donner des exemples de vertus pédagogiques et éthiques. En voici la teneur de cette lettre adressée aux responsables des établissements et aux enseignants de notre pays depuis la Belgique et qui sonne comme autant de cris de révolte et d’indignation contre le pillage honteux dont recourent certains enseignants en mal d’effort et d’imagination créatrice.

« Monsieur le recteur Messieurs les responsables de l’université messieurs dames les enseignants de l’université

Je suis actuellement en Belgique j’étais étudiant en hydraulique à Béjaia et je continue mon doctorat J’ai essayé de confectionner des cours de géologie en passant par une recherche Internet. Je suis consterné par le produit de ma recherche Un de mes anciens enseignants M SAOU a met en ligne sur votre site des cours en son nom (http://elearninguniv-bejaia .dz /file . php/113/modedata/forum/120/6747/Proces-SedimenTR . doc) alors que ses cours sont la propriété du Pr F. Boulevain de l’Université de Liège (il aurait au moins pu changer les photos sans parler du texte). [ voir] : Http//www. Ulg.ac.be/geolsed.geol gen.htm.)
J’ai essaié de regarder les autres cours, dommage ils sont fermer à l’accès. On aurait pu trouver d’autres surprises. Je ne peux être fière de mon université.
D. FERAOULI Doctorant,
Département de Géologie
Université de Liège. »

Le professeur Safia Taleb et sa suggestion du « Système d’Alerte » comme facteur dissuasif contre le plagiat

Pour être aussi fidèle que possible au contenu de cette lettre, je n’ai donc pas jugé nécessaire de corriger les petites fautes d’orthographe et d’accord qu’elle comporte. En l’occurrence, le message seul qu’elle se propose de nous transmettre importe le plus que la forme dans laquelle elle a été transcrite.
La réaction suscitée chez notre collègue Safia Taleb, professeur à l’Université de Djilali Liabès, par cette correspondance, nous dispense donc de la commenter. Elle écrit en substance : » Cette lettre envoyée aux Responsables de l’université de Bejaïa par monsieur D. Feraouli, Doctorant algérien, du département Géologie à l’université de Liège (Belgique) interpelle notre conscience morale. Je voudrais la soumettre à votre attention avec cette modeste contribution: Les Comités de lutte contre la malhonnêteté scientifique dans le monde entier recommandent et reconnaissent l’efficacité du «Système d’Alerte» entre les professeurs intègres, honnêtes qui ne souhaitent pas être éclaboussés par des inconduites. Ils ont le devoir moral de divulguer les actes répréhensibles, de rependre l’information en donnant les sources et les références pour ne point accuser à tort, ou porter préjudice à qui que ce soit. C’est un engagement moral, un acte vertueux.
Cette lettre reçue de monsieur D. Feraouli est une magnifique illustration de l’efficacité de la méthode dans la lutte contre la malhonnêteté scientifique.
Cette méthode nous est imposée par l’absence totale d’organisme chargé de veiller sur les inconduites scientifiques tels que la fabrication de faux documents administratifs, la falsification, le plagiat, l’auto-plagiat et bien d’autres manquements graves à la bonne pratique de l’éthique et de la déontologie universitaire. Il ne s’agit pas d’une solution à toutes ces inconduites, c’est un garde fou pour limiter et arrêter les dégâts en attendant la mise en place d’institutions de sanctions. Notre rôle est dissuasif ; il est là pour décourager les fraudeurs. C’est à l’administration d’assumer sa responsabilité de sanctions. »

Je ne pense pas quant à moi, que l’administration universitaire telle qu’elle fonctionne et se représente la gestion des compétences, puisse prendre ses « responsabilités de sanctions » à l’encontre des contrevenants de tout acabit. Car certains pans de celle-ci sont infestés de médiocres dont l’inclination est la fraude, le traficotage des registres, la distribution indue de notes, les passe-droit, l’apologie de la réussite facile, et j’en passe.

Laxisme, laisser-aller et laisser faire ?

Dès lors, l’on se demande justement si certaines administrations universitaires ne sont pas complices de ce type de pratiques honteuses, puisque les gens qui réussissent « le mieux « à obtenir leurs « thèses », par exemple, sont souvent ceux qui en assument des responsabilités. Sans verser, bien entendu, dans les généralisations abusives, il est bien évident que bon nombre d’enseignants « versés » dans l’administration n’ont pas le temps de produire de bonnes thèses et se trouvent de ce fait contraints soit de les bâcler en compilant, soit de plagier les œuvres d’autrui. En qualité à la fois d’administrateur (chefs de départements, chefs adjoints chargés de la pédagogie et de la recherche scientifique…) et enseignants, ils ne peuvent « sanctionner » les contrevenants et les plagiaires alors qu’eux-mêmes recourent plus ou moins à ce type de pillage déguisé sous les dehors d’un  » travail scientifique » produit par leur propre cerveau. Le sentiment qu’ils ont de détenir le pouvoir ou une parcelle de celui-ci leur procure l’impression d’être « protégés », et donc à l’abri même des dénonciations éventuelles de leurs forfaitures. L’administration dans laquelle ils sont versés ne leur procure pas seulement cette satisfaction psychologique de commander aux autres, mais aussi la possibilité illusoire de s’éviter les brimades ou les sanctions dans le cas où ils enfreindraient aux règles éthiques et déontologiques. Dans ces conditions, l’administration universitaire ne pourrait assumer pleinement ses responsabilités et sanctionner les coupables de plagiat et d’autres forfaitures que si elle était elle- même irréprochable. Or, une partie de cette administration dont la composante est issue pourtant du corps enseignants ou pseudo enseignants se trouve belle et bien gangrenée de corruption morale, et complètement privée d’âme civique et civile.
Lorsque des enseignants universitaires s’adonnent sans vergogne à des pratiques réprouvées par la morale, l’éthique et le sens civique, comment peut-on s’attendre à ce que les étudiants vis-à-vis desquels ils sont censés assumer une fonction « pédagogique » s’abstiennent du copiage et du plagiat qui remplissent leurs mémoires? Le scandale révélé par Djazair News (version arabophone) en avril- mai 2011, montre les dérives gravissimes dans lesquelles s’enfoncent l’université algérienne, dérives que le LMD célébré et chanté sur tous les airs par le MESRS est bien loin de stopper. De quel scandale s’agit-il? Celui qu’a soulevé le Dr Tahar Ben Khrafallah de la faculté des sciences politiques et de l’information de l’Université d’Alger 3. En effet, celui-ci a « produit » et soutenu une thèse de doctorat qu’il publiera peu après sous le titre  » an noukhbâ al hakimâ fi al-djzair 1962-1989″ (l’élite gouvernante en Algérie 1962-1989), thèse qui s’est avérée la réplique quasi fidèle d’une thèse produite par l’Egyptienne, le docteur Maïssâ El Djamel, sous l’intitulé : » an noukhbâ as siyassiâ fî Misr, hâlât li-noukhb al wizariya » ( L’élite politique en Egypte, étude de cas : les élites ministérielles) . Dénoncé par l’intéressée, ce vol dont elle fut la victime et qui a fait couler beaucoup d’encre a poussé le recteur de l’Université d’Alger 3, M Abdelwahab Rezik, à prendre les devants en déclarant que : « nous avons ordonné l’ouverture d’une enquête au sujet du ‘plagiat » de Ben Khrafallah et nous serons impitoyable à son égard si le fait était confirmé » .

On peut multiplier à l’infini les exemples de ces actes de « rapine » et de vols sans honte ni vergogne opérés par des quidams sur les produits scientifiques d’autrui. De partout me parviennent des plaintes et des dénonciations comme pour me prendre à témoins contre ces pratiques prédatrices de la science et du savoir produits par l’effort de personnes honnêtes et éprises de leur métier. Ces vols n’épargnent aucune discipline, et les sciences dites exactes ne sont pas plus à l’abri de ce fléaux que les sciences dites « molles ». Dénoncer ces faits ravageurs, dire et répéter que rien ne marche à l’endroit dans nos universités, rappeler que le LMD en est l’un des motifs et causes aggravant de la promotion de la médiocrité pesante, c’est passer aux yeux de la tutelle pour un excité, un perturbateur de « l’ordre », un opposant négatif vis-à-vis de sa gestion présumée harmonieuse de ce secteur pourtant sinistré. Les mots pour qualifier cette sinistrose nous manquent, car la réalité dépasse les mots censés la traduire avec la fidélité requise. Que Monsieur le Ministre Haraoubia et ses collaborateurs immédiats se flattent d’avoir découvert dans le LMD la panacée qui permettrait de résoudre la crise récurrente que connaît ce secteur dont ils ont la charge, cela ne change en rien au fait qu’il est moribond. Qu’ils se gaussent de manière hautaine envers les nombreux enseignants nationaux qui dénoncent le refus de concertation avec la communauté universitaire, refus qui a conduit à l’adoption de ce système de réforme complètement inopérant, voilà qui ne masque pas l’échec cuisant de cette réforme faite de manière cavalière. Faut-il révoquer en doute le constat de ceux et de celles- qui sont nombreux en effet dans le pays- constat selon lequel le LMD importé est la pente glissante et dangereuse sur laquelle on a entraîné l’Enseignement et la recherche en Algérie?

La peur de la compétence et de l’évaluation par les pairs

Ne faut-il pas rendre hommage et dire  » Salut à ceux qui osent encore dire ça va mal, très mal à l’université algérienne »? comme l’a écrit un collègue de l’université de Blida, Houmani Mohamed, dans un e-mail envoyé en collectif. Celui-ci ajoute subséquemment que  » Ce n’est pas nouveau ! ça date depuis des années et des … A l’université de Blida, des inscriptions en première post-graduation sans concours … des mémoires d’ingénieur soutenus plusieurs fois par plusieurs personnes en changeant juste le titre et la date, le nom et le prénom du présumé auteur … Certains présumés auteurs sont aujourd’hui des responsables au niveau des université algériennes – vice-recteur de la pédagogie !!!! chef de cabinet de recteur … Doyen … Quant aux membres et présidents de jury ? A Blida, présider un jury de thèse équivaut à passer la parole aux membre du jury ! C’est facile de le vérifier … Il y a des noms de prof qui reviennent dans des mémoires de magister sur l’apiculture, l’arboriculture, la vache laitière, la pédologie, l’aviculture, la physiologie végétale, la technologie alimentaire, la biologie végétale … Les responsables de l’université sont au courant et laissent passer … Les conseils scientifiques sont complices et les rares membres qui s’opposent, sont marginalisés car au conseil on vote comme à l’APN et au SENAT algériens, à main levée ou au bulletin secret selon le cas ! C’est du dégoût ! Ils sont nombreux ceux qui trouvent leurs comptes ! Le plagiat de thèses faites à l’étranger est en cours … Des publications … Des communications … ça marche dans nos universités : des essais sont faits pour faire semblant et des résultats approximatifs sont attribués, proches de ceux obtenus à l’étranger et hop le tour est joué ! Je m’arrête ça m’écoeure !!! « .

Les facultés et les départements des universités, refuge des enseignants incompétents

A propos justement des Conseils scientifiques et des comités scientifiques, il est bon de signaler qu’ils n’ont de « scientifique » que le nom car ils ne servent en fait qu’à promouvoir l’indigence intellectuelle et à perpétuer l’esprit de clocher. Comme vient de le noter le collègue Houmani, les élections des pairs à ces conseils et à ces comités des départements n’obéissent qu à une seule logique : celle de la cooptation et du jeu de copinage. Les critères de compétences, de grades et de rang ne jouent pas dans la balance de ces élections au « bulletin secret », mais seuls compte le poids écrasant de la loi du nombre qui fait pencher cette dernière en faveur des médiocres. En effet, plus le nombre de ces derniers est important plus les chances de porter l’un des leurs à la tête de ces structures dites pompeusement « scientifiques » sont grandes. Puisque je suis à la fois témoins et acteur de la scène universitaire, je me permets de citer un exemple dont le caractère tragi-comique ne laisse pas de prêter à rire : lors du renouvellement en 2011, du comité scientifique de mon département d’histoire à l’université de Msila, on procède à une parodie d’élection du président du comité scientifique à l’issue de laquelle je suis « éliminé » d’emblée, bien que je sois le plus haut gradé! Sur les 9 votants au « bulletin secret », 8 ont voté contre et une seule en ma faveur : la mienne! Si j’avais voté pour moi-même, c’était uniquement par jeu, et non par désir d’être élu à la tête de ce comité scientifique dont je savais et sais par avance l’absolue inanité. Bien avant cette feinte élection à laquelle je m’étais présenté délibérément en vue du seul objectif d’être au fait de ces petites intrigues mesquines, je savais que j’aurais une chance nulle de bénéficier des suffrages de ces collègues organisés en « secte » timorée, pusillanime, mais néanmoins pugnace lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts aux perspectives bornées.
Une fois les résultats connus, l’un des votants me dit en exultant de manière stupide et non ironique : « Ha! Ha! Ha! Tu vois, c’est un vote démocratique! »-oui en effet lui répondis-je sur un ton de plaisanterie, la preuve est administrée par « les urnes secrètes » qui ont donné pour favori mon collègue A . M., auquel j’ai tendu prestement une poignet de main en marque de félicitations et d’encouragement sincères dans sa nouvelle mission….

La marginalisation des compétents qu’évoque notre collègue de Blida, déjà cité, vient des réflexes de peur ( ou de jalousie?) qui peuplent l’imaginaire de ces assistants maîtres assistants, et maîtres de conférences de rang B et A et dont le niveau scientifique est si affligeant qu’ils craignent par-dessus tout d’être l’objet de dénonciation et d’évaluation de la part des plus compétents qu’eux. Cela explique pourquoi ces structures dites scientifiques tout comme les fonctions administratives ( chefs de départements, chefs adjoints chargés de la pédagogie et de la recherche scientifique,doyens, vices- doyens etc.) sont le lieu de ralliement, le terrain de prédilection et le refuge obligés de tous les éléments incapables de produire du sens, d’user d’un esprit critique et de faire œuvre utile. En investissant ces structures scientifiques et administratives, ces individus au profil scientifique quasi nulle ont achevé de parasiter et de paralyser l’université dont les éléments les meilleurs se trouvent condamnés soit à l’inaction, soit à la marginalisation, soit à l’exil contraint.

L’origine de la vanité et de l’ignorance crasse

Enfin, et pour conclure, il convient de noter que ce profil d’enseignants aux thèses douteuses ou faites de galimatias, se refuse d’être évaluer par les pairs, et cette répugnance tient à la crainte qui les habite de révéler les faiblesses et les tares consubstantielles à leurs produits « scientifiques ». La culture et l’esprit critique faisant défaut à la plupart d’entre eux, ils se réfugient et se complaisent dans le travail routinier de l’administration et dans les cours répétitifs et indigestes qu’ils dispensent à des étudiants complètement « paumés », largués ou désorientés par des méthodes pédagogiques lamentables tant elles relèvent de la scolastique.. Les cours et les TD qu’ils dispensent ne sont pas non plus exempts de plagiat de livres, dont on recrache les contenus, le style et les formes. Avec L’Internet, ils ne se dispensent pas seulement de recherche personnel et d’efforts critiques, mais ils se laissent également bercer par l’illusion et la vanité de leur prétendu savoir « infuse ». Qui plus est, ils transfèrent sur les étudiants, à leurs étudiants, les défauts et les tares qui leurs sont intrinsèques: on les accuse non seulement d’être « nuls », mais aussi d’être paresseux et fraudeurs. En projetant leurs propres faiblesses intellectuelles sur les étudiants victimes de leurs cours et TD indigestes, ces enseignants s’efforcent, mais souvent en vain, à se donner une image valorisante d’eux-mêmes, à s’auto- valoriser. Les titres de « Docteurs » qu’ils prisent par-dessus tout et dont ils s’enivrent à n’en plus pouvoir, leur donnent l’impression d’être les dépositaires vrais de « la science », mot les remplissant de vanité et faisant gonfler de prétentions et de superbe. Leur répulsion envers l’évaluation par les pairs, leur crainte de l’échange et de la confrontation intellectuelle avec autrui, s’expliquent justement par la volonté de combler ce gouffre insondable de bêtises et d’ignorance crasse.

 

 

fév 28, 2012 Par Rédaction LQA

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