DOSSIER COLLOQUE INTERNATIONAL Décembre 2013

Album photos COLLOQUE INTERNATIONAL 12/2013

Les historiens autoproclamés de l’Algérie indépendante

Écrit par Super User.

 Ahmed ROUADJIA, Enseignant chercheur, Université de M'sila. Directeur du Laboratoire d’Etude Historique,  Sociologique et des Changements Sociaux et Economiques .

  L’histoire du nationalisme algérien, de la révolution, et partant celle de l’émigration/immigration algérienne en France, sont devenues depuis les années quatre-vingt l’objet de recherche des mieux prisés par quelques chercheurs français et algériens qui se sont autoproclamés « historiens »,

spécialistes de la guerre d’Algérie et de l’immigration. Ces chercheurs que les médias des deux rives de La Méditerranée ont fait connaître puis imposé comme « historiens » et « experts » de l’Algérie ont réussi à éclipser leurs ainés auxquels ils doivent pourtant une énorme dette « intellectuelle », dette qu’ils ne semblent guère vouloir reconnaître de crainte que cette reconnaissance ne nuise à la légende qu’ils ont construite autour de leur propre personne…

 Qui sont-ils en fait ces historiens de « la mémoire » qui s’évertuent, non sans peine, à s’imposer dans le champ des études historiques ? On peut citer en premier lieu Mohamed El Korso, qui a succédé au défunt Bachir Boumaza, à la tête de l’Association du 8 Mai 1945. Comme beaucoup de ses pairs, qui cultivent avec un goût excessif la dimension nationaliste de la mémoire et s’en servent comme un faire valoir,  comme une sorte de rampe de lancement vers les sommets de la célébrité, EL Korso dont la thèse de doctorat a porté sur l’histoire des Oulémas d’Algérie ( Paris VII, 1989) s’est peu à peu converti en historien des relations algéro- françaises en faisant du volet de la mémoire sa chasse gardée ou presque. L’ennui, c’est que sa lecture historique de ces relations ne sort pas du cadre passionné et passionnel de la mémoire qu’il s’efforce de restituer à sa manière, et son analyse de ces relations qui se veut savante ou critique ne dépasse guère le niveau du sens commun. Plutôt que d’opter pour une approche critique et sereine des relations mouvementées du « couple » franco-algérien, il préfère verser dans l’anathème, le persiflage et la condamnation sans nuances de la France considérée en bloc comme la figure incarnée du mal.  Les massacres du 8 mai 1945, qui lui servent souvent de grain à moudre, la pâture qui lui permet d’assouvir je ne sais quelle vengeance, sont à ses yeux la preuve irréfutable, entre autres, d’un « acte génocidaire »commis par la France contre le peuple algérien, acte dont elle devrait payer tôt ou tard le prix fort.[1]

 Or, El Korso et ses pareils qui font un surinvestissement psychologique et émotionnel dans le registre de la mémoire pratiquent une surenchère « nationaliste » qui n’a rien à envier à celle de certains de nos politiques qui veulent en découdre avec la France pour l’obliger à se repentir, comme elle l’a fait, selon eux-" sous la pression du puissant lobby juif": « Il est demandé aux responsables de faire savoir à Alain Juppé notre attachement à la question de la mémoire » (Matlub min al -massouline tabliqh Alain Juppé tamassoukinâ bi-khadhayâ ad-thâkirâ »[2] demande EL Korso sur un ton impératif.[3]

  El Korso n’est pas le seul, tant s’en faut, à exploiter ce « filon » de la mémoire. Il existe quantité d’autres historiens, sans grands talents, mais qui s’efforcent cependant de s’instituer comme tels. Citons-en  pêle-mêle quelques uns d’entre : Djamel Yahiaoui, Youcef Menasria, Tlemçani Ben Youcef, et un certain Ghali Gharbi, enseignant d’histoire à l’université de Médéa et proche idéologiquement du centre d’El Biar, dépendant des Anciens Moudjahidines…

 

Imbus d’un nationalisme agressif et complexé, ils tentent de compenser ces tares en investissant le champ de la mémoire et de s’y imposer en tant qu’historiens, mais ils n’arrivent en fait à s’accréditer comme tels  que dans des cercles très étroits du pouvoir. Le vieux parti FLN et le Ministère des Anciens Moudjahidines entre lesquels de multiples passerelles existent et par lesquelles transitent et se croisent les courants idéologiques traditionnels du nationalisme algérien teinté d’une forte dose «  arabo-musulmane », forment le pivot autour duquel gravite bon nombre de chercheurs porteurs de sujets de thèses ou de recherche axés presque tous sur la Révolution ou sur un aspect de celle-ci (histoire de Wilayas, rôle d’  une figure emblématique dans telle zone militaire...).En quête de « sources » ou de parrainage de la part de ces institutions, ces chercheurs se font généralement livrer des informations filtrées, expurgées des « déformations et du mensonge colonial » pour être toutes prêtes à l’emploi. Sans se donner la peine de les passer au crible, ils les reprennent presque telles qu’elles dans la rédaction finale de leurs mémoires (magisters et doctorats…). D’une lecture fastidieuse, beaucoup de ces mémoires sont rédigés dans un style « langue de bois » où l’esprit critique et le questionnement de l’histoire cèdent la place à l’apologie de la Révolution et à la transfiguration de ses héros, morts et vivants.

 

Une volonté de monopoliser le terrain historique

 Ces chercheurs qui se recommandent à la fois d’un certain nationalisme, qui se veut pur et transparent à lui-même, et d’une approche plus idéologique  et scientiste que scientifique, s’efforcent en effet  par tous les moyens de préserver  ce périmètre « sacré » qui est  l’Histoire de la Révolution, d’exclure tous ceux qui seraient tenter de s’y aventurer. Pour eux l’histoire du nationalisme algérien, celle de la résistance et de la révolution du Premier Novembre 54 ressortent de leurs  seules compétences , et non de la compétence de ceux qui font preuve d’esprit critique ou de remise en cause de la Vulgate officielle qui consiste à transfigurer la Révolution et à en donner toujours une image lisse, et sans aspérités. El Korso et ses semblables s’inscrivent dans cette démarche fondée sur deux postulats contradictoires, mais qui se complètent selon une logique manichéenne : l’un, positif, fait l’éloge de la Révolution, l’autre, négatif, criminalise et cloue au pilori toute l’histoire coloniale, dont toutes les pages  n’auraient été rien de moins que funestes…

Cette coterie d’historiens, et de sociologues/anthropologues, pétrie d’une culture qui se veut fidèle aux origines, se distingue par une approche fondée sur l’ostracisme, l’exclusion et regarde comme « intrus » tous ceux qui ne partagent  pas ses idées ou qui tentent d’empiéter sur les terrains qu’elle considère comme relevant de sa sphère d’activité « scientifique ». Non seulement ces historiens autoproclamés et ces sociologues –anthropologues institutionnels, comme ceux de notre fameux CRASC d’Oran, répugnent à s’ouvrir, à dialoguer et à coopérer  de manière solidaire et transparente avec les chercheurs qui ne font pas partie de leur « réseaux d’amis », mais  pratiquent également et de manière quasi systématique une approche discriminatoire, hautaine et méprisante, envers certains de leurs homologues de la diaspora qui n’offrent pas à leurs yeux « les avantages » ou les « services » attendus ou espérés en retour…Par exemple, un chercheur diasporique compétent dans son domaine, mais sans ancrage solide dans l’institution de rattachement ( Institut, Ecole, Université…) du pays où il réside, sera beaucoup moins considéré et moins sollicité  par ses pairs qu’un chercheur ou professeur bien établi au sein d’une institution à l’étranger.

Ce qui intéresse  nos chercheurs institutionnels, et notamment les responsables de  certains centres de recherche, ce sont les jeux des relations utiles, et non les compétences ou la valeur intrinsèque qu’une personne pourrait incarner.

 L’exemple de la chercheuse et spécialiste de la Nouvelle-Calédonie, Mélica Ouennoughi, née en France de parents algériens et dont les aïeux furent déportés en 1871 en même temps que les insurgés des cheikhs El Haddad et El Moqrani, en est l’illustration la plus parfaite. Portée par une passion quasi-mystique par cet objet de recherche  sur lequel elle a jeté son dévolu depuis novembre 1978, recherche dont l’aboutissement a été l’achèvement d’une bonne thèse d’éthno-histoire, suivie par plusieurs publications dont un ouvrage qui eut beaucoup d’échos[4], Ouennoughi qui s’est rendue en Algérie à plusieurs reprises pour faire  connaître ses travaux[5] à ceux qu’elle considère comme ses compatriotes n’avait pas manqué d’être déçue par l’accueil qui lui fut réservé par certains chercheurs « établis » ; elle avait eu à apprendre à ses dépens que certains  d’entre eux, , comme El Korso, ne s’étaient montrés guère amènes à son égard et ce dernier l’aurait traitée de « fille de harki », d’après les témoignages que la chercheuse  nous a fournis…

 D’autres chercheurs, historiens et sociologues, solidement « établis », notamment  à Alger et à Oran, n’ont vu en cette re- découvreuse des mémoires oubliées ou enfouies dans les inconscients collectifs, qu’une aubaine à exploiter à leur propre compte. Au lieu de l’associer et de l’intégrer à leurs équipes de recherche, à en faire une éclaireuse au service de la recherche algérienne, on a essayé- et réussit- à exploiter ses pistes et ses relations  de la Nouvelle Calédonie. En mettant en contact des chercheurs des deux « aires » culturelles si proches mais qui s’étaient ignorées jusque ’ici, Ouennoughi ne savait pas qu’elle allait faire les frais d’une telle mise en contact en se découvrant elle-même avoir été le « dindon de la farce »….

C’est grâce donc à ses  redécouvertes calédoniennes révélées en Algérie lors ses visites successives, et grâce à ses entremises, que des chercheurs algériens ont pu faire connaissance avec des chercheurs et des responsables municipaux et associatifs océaniens avant de se faire inviter  à Nouméa où ils furent  accueilli par le maire de Nouméa, Jean Lèques, en qualité de chercheurs en quête de « vérité » sur les déportés algériens que le chercheur local, Louis-José Barbançon, auteur de plusieurs travaux sur l’Ile, n’a fait qu’affleurer. Dans ses travaux, mémoire de maîtrise, articles et essais, Barbançon ne s’est jamais donc préoccupé sérieusement des proscrits maghrébins, qu’il relègue au second, voire même au troisième plan, pour ne consacrer ses efforts que sur les forçats en général et sur « la colonisation pénale » ayant touché des sujets européens. Les titres même de ses travaux soulignent ce choix qui accorde la priorité à l’élément européen, de souche blanche, et peu d’intérêt pour « l’indigène » des colonies[6]

Poussée au contraire par des motivations d’ordre personnel et affectif, et je dirais même  d’ordre « ethnique », Mélica Ouennoughi, avait axé tous ses efforts sur « l’élément maghrébin » transporté et transplanté de force  dans cette terre inconnue et  inhospitalière où il avait réussi  en dépit de tout à reconstituer  par lambeaux son identité perdue en renouant avec la  culture des « palmiers dattiers », culture reçue en héritage de ses Ancêtres, mais aussi par la réactivation et le maintien du chant d’el-Menfi ( l’Exil), chant qui traduit à la fois la nostalgie du pays perdu et la volonté de lutter contre l’amnésie que « l’infidèle » avait vainement tenté d’imposer…Le palmier dattier, qui a servi de piste et de fil conducteur à notre chercheuse, pour renouer  les fils enchevêtrés de la longue histoire aux fins de restituer la mémoire d’une communauté déracinée mais que rien ne semble consoler de ses blessures anciennes que ce palmier dattier et ce Menfi, chant d’Exil dont on imagine bien les intonations  tristes et plaintives. La chercheuse nous apporte ce témoignage poignant, et qui en dit long sur la charge émotionnelle et affective qui se rattache à cet arbre  hautement symbolique : « Lorsque, dit-elle, je suis arrivée sur le territoire calédonien, pour retrouver les descendants d'Algériens, je demandais l'itinéraire aux Kanaks. La première réponse qu'ils m'ont donnée, c'est : lorsque tu vois un dattier, c'est qu'il y a un « Vieil arabe » qui est passé par là… »[7]

En renouant avec ses « racines »  d’ici et de là bas, et en faisant des navettes entre la Nouvelle –Calédonie et l’Algérie via la France, pays de sa naissance et de son adoption, cette chercheuse pensait qu’elle pourrait apporter une modeste contribution à la recherche en Algérie en s’intégrant aux réseaux de  recherche locaux ( université et centre de recherche…). Elle pensait qu’elle pourrait y trouver sa place et la reconnaissance scientifique qu’elle mérite dans une Algérie où les dirigeants n’ont de cesse, depuis l’indépendance, de parler  de retour au bercail des «  cerveaux exilés » afin d’y participer au progrès scientifique de la nation. Force est de constater que cette chercheuse a bien déchanté au contact de la réalité algérienne où le jeu pervers du clientélisme, de la cooptation et du népotisme que pratiquent les coteries locales  n’a rien à envier à celui que pratiquent les mandarins des universités françaises… ou ceux des commissions scientifiques du CNRS

 Victime de délations et de calomnies de la part de « pseudo historiens », lesquels auraient  selon ses propres dires influé de manière négative sur le comportement du recteur  de l’université d’Alger qui l’avait invitée en 2008 lors du festival du film, cette chercheuse garde encore un relent de regret et d’amertume envers certains de ses pairs algériens qui auraient fait tout pour la stigmatiser, discréditer et disqualifier dans le but de l’empêcher qui, par envie, qui par jalousie ou qui par  bêtise pure et simple, de se poser en spécialiste de l’exil forcé des algériens au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.. Selon ses propres témoignages, certains historiens algériens qui ont su tirer partie de ses travaux et relations océaniques pour  se rendre en Nouvelle Calédonie et s’y faire reconnaître comme chercheurs qualifiés et attitrés de l’Algérie officielle n’ont pas hésité de lui faire une mauvaise presse aussi bien en Algérie qu’auprès de certains de leurs interlocuteurs Kanak. Comme pour mieux la disqualifier et la rabaisser à ras le sol, certains ont exploité l’élément ethnique : tantôt on se demandait si elle était d’origine kabyle, tantôt si elle était de descendance chaoui, comme si kabyle et chaoui étaient en somme des corps exogènes et non des parties constitutives de la formation de la nation algérienne, et comme si l’élément prétendument arabe avait précédé l’élément amazigh ou berbère ! Mélica Ounneoughi dont les souvenirs sont peuplés de gestes , de propos et d’images fort désagréables raconte ses déboires à l’occasion de ses retrouvailles avec son pays mythique : l’Algérie : « 

 

Bref, on a même dit sur moi mais qui est cette kabyle ? et d'autres qui est cette chaoui ?

Il est vrai que je suis d'origine kabyle et chaoui. Et fière de l'être en plus de deux lieux qui me sont chers. Également Sétif d'où sont partis mes parents...mes grands parents de la Nouvelle-Calédonie vers la France.

Je ne suis pas une « beurre » loin de là, à l'époque on était une frange de population à être contre ce nouveau phénomène politique apporté à l’époque Mitterrand à des fins communautaristes, et on peut constater les dégâts aujourd'hui.

Les personnes comme moi sont dans la vie française on les repère pas dans les vestimentaires ou leur visage parfois, ils sont dans la société et occupent des grands postes, et ont fait de grandes études...et ont échappé aux immeubles à étages que l’on nommait à l’époque les HLM… Leurs objectifs tout comme d’autres vivent avec les autres en s’intégrant, dotés d’une bonne instruction et d’une bonne maitrise de la langue française tout en gardant la tradition de l’ancienne tradition coutumière dont nombre d’entres  nous en sont issus mais ne l’affiche pas tout en travaillant et ouvrant pour l’histoire de l’Algérie et ses migrations dont nous sommes issus.

Je sais que nombreux quartiers défavorisés tels les HLM étaient fréquentés par des familles algériennes regroupés dans des immeubles alarmants au plan humain, et c'est vrai qu'ils étaient stigmatisés comme étant les « beurres... ».

Mon père avait cet esprit d'indépendance et nous l'a fait partager, il ne se mettait pas à l'écart mais il voulait qu'on vive avec d'autres pour qu'on réussisse...

De plus, nous faisons partie d'une famille de résistants depuis de nombreuses années voir siècles comme nombreux algériens dans l’ombre.

Je dis ceci en toute modestie, car lorsque je donne des cours auprès des lycéens et étudiants, oui je fais ces deux boulots, à cause de personnes négativistes et opportunistes, qui ont abusé de ma confiance et opéré la salissure sur mon dos comme d’autres, ainsi mon poste de titularisation en France, par des ramifications dont on connait, a forcément retardé. Alors qu’on attend de travailler sur ce dossier de recherche sérieusement afin d’ouvrir tel que je l’avais annoncé à ma venue sur Alger un laboratoire de recherche entre l’Algérie et l’Outremer (Nouvelle-Calédonie, Guyane, Corse) lieux de déportation et de contacts culturels Algériens et maghrébins dans ces territoires français. »[8]

Les chercheurs auxquels Mélica Ounneoughi avait eu affaire, en Algérie, sont théoriquement des « démocrates », des « modernistes » et des « laïques » ; ils comportent aussi d’anciens communistes reconvertis en démocrates. Toutes ces personnes aux étiquettes bariolées sont censées être des gens « bien », tolérants et ouverts sur l’Autre. L’imaginaire ordinaire prête généralement à ces couches instruites et ancrées en apparence dans la « modernité politique » des vertus éthiques et morales supérieures à celles de leurs «homologues « arabophones » et «  islamistes. ». Pourtant, la conduite pratique et intellectuelle de ces « modernistes » et de ces prétendus « démocrates » au parler francophone est quelquefois bien plus exécrable que celle de leur pairs arabophones, lesquels, ne se distinguent en vérité des premiers que par leur attachement trop exagéré à l’islam, à l’arabité, et par la détestation qu’ils vouent sans nuance ni discernement à la France et aux français pris globalement comme les ennemis invétérés des Algériens et de l’islam .Quant aux pratiques d’exclusion, de stigmate , de discrimination, d’envie et de jalousie, les uns et les autres se valent…. L’on comprend pourquoi les raisons pour lesquelles la chercheuse océane a été victime d’une sorte de « cabale » que rien ne justifie, sinon la volonté de l’exclure en investissant, en lieu et place, le champ de recherche qu’elle avait elle-même découvert et défraîchi….

Là aussi, on peut aisément saisir le rôle que joue l’idéologie partisane dans les déterminations des choix et des problématiques de recherche. Sous le couvert de « science » ou de recherche « scientifique » se profile, dans beaucoup de cas, une orientation idéologique dont les desseins sont plus ou moins avoués. En Algérie, en l’occurrence, les sciences sociales et humaines demeurent largement tributaires d’orientations et d’approches partisanes, ce qui a pour conséquence de réduire le contenu de ces disciplines à un discours apologétique où abondent des formules aussi grandiloquentes que creuses. Les néo-historiens, surtout ceux qui sont sortis des filières fortement arabisées, prisent plus que leurs pairs francophones les grands mots et les phrases pompeuses…

Les néo-historiens de la Révolution

 Le Centre National des Etudes Historiques (al- Markez al- watâni li-addirassât  al tarikhiya)création et prolongement naturel du Ministère des Anciens Moudjahidines, constitue le lieu de prédilection, le point de ralliement de ces historiens en quête d’une reconnaissance désespérée auprès des officiels. Situé sur les hauteurs d’Alger, à El Biar, ce Centre est dirigé, depuis plusieurs années, par Djamel Yahiaoui. Déployé sur un terrain spacieux avec jardin, parking, et élevé de deux étages, il est doté d’une grande salle de conférences et d’une bibliothèque relativement bien achalandée, surtout en ouvrages d’histoire portant sur la Révolution « glorieuse ». Financé presque entièrement par le Ministère des Anciens Moudjahidines, il organise à l’occasion des commémorations des dates les plus symboliques des rencontres nationales où ne  sont conviés que des chercheurs choisis en fonction de leur goût fortement prononcé pour l’apologie de la Révolution, apologie qui donne lieu en même temps à des discours extrêmement véhéments contre la colonisation, la France et ses dirigeants morts et vivants. Un certain Youcef Menasria, professeur d’histoire à l’université de Batna, figure parmi cette cohorte de chercheurs qui fréquente ce Centre, et se signale surtout par ses surenchères « patriotiques » qui le conduisent à ne voir dans ceux qui ne partagent pas ses visions rien de moins que des « renégats ». Comme ses pairs, il s’est fait, lui aussi, un devoir de cultiver la mémoire de la Révolution et d’en faire un de ses objets de recherche favoris. Pour lui, tout comme pour ses consorts, il n’est d’histoire véritable que celle qui exhume les crimes de la colonisation, qui en fait l’inventaire systématique et s’attèle, enfin, à rassembler le maximum de témoignages écrits et oraux pour confondre la France et lui exiger de faire sa repentance.

 Le culte de la mémoire, la surenchère nationaliste qui conduit à l’auto- glorification,  et le refus de faire preuve d’esprit critique fondé sur l’impartialité et l’autonomie par rapport à l’idéologie dominante, sont le résultat inévitable de la crise des sciences sociales que vit l’Algérie depuis plus deux décennies et qui prend sa source dans la détérioration constante de l’enseignement et de la recherche, et dont les contenus et les approches critiques sont d’une indigence affligeante.

Le plus grave, ai-je déjà dit, ce n'est pas que cette mémoire sélective soit l'œuvre des politiques; le plus grave c'est que certains  historiens universitaires participent aussi à l'occultation de certains faits historiques, comme ceux dramatiques qu'on vient de citer. Nés à l'ombre et dans le sillage des structures "idoines", ces historiens se recommandent d'un nationalisme pur et intransigeant et à l'aune duquel ils interprètent la mémoire selon une vision d'autant plus étroite qu'elle s'avère anti-scientifique. Figure parmi les chantres de  ce nationalisme de la « mémoire » le Dr Tlemçani Ben Youcef. Proche du Centre National des Etudes Historiques avec lequel il collabore, ce dernier est enseignant d’histoire à l’université de Bouzareah (Alger) et se pose en spécialiste de la Révolution dont il chante  sans cesse les louanges en même temps qu’il re-convoque en permanence la mémoire dans le but  est de dresser un réquisitoire en règle contre colonialisme français qu'il voudrait traduire devant le tribunal international. Il fait ainsi partie intégrante de ces historiens universitaires qui revendiquent, par contraste avec les francophones et les tenants du « hizb farança », un nationalisme d’une pureté irréprochable et d’une fidélité sans faille aux origines.

Pour ne pas trahir la pensée de celui-ci ainsi que celle avec qui il partage les mêmes convictions patriotiques, je reproduis ici les propos qui leurs sont attribués : « Des universitaires et chercheurs algériens spécialisés dans l’histoire de la guerre de libération nationale ont plaidé jeudi à Alger pour l’utilisation des archives existantes en Algérie et en France en vue de dresser un bilan des crimes des 132 ans de présence coloniale française en Algérie.Pour le Dr Tlemçani Ben Youcef, les massacres collectifs et les crimes de guerre ont commencé en Algérie dès les premières années de la colonisation, en tout cas bien avant le déclenchement de la guerre de libération nationale, et a ainsi cité le cas du massacre commis par le général Pélissier à Blida, en juillet 1930.Il a étayé son propos en se référant aux écrits de Pélissier notamment dans son récit "Annales algériennes" dans lequel, a souligné le Dr Tlemçani, il existe des indications claires sur "un crime de guerre à grande échelle". M. Tlemçani a également cité, dans ce contexte, "les enfumages du Dahra, le 10 juin 1845, qui ont coûté la vie à plus d’un millier de personnes des tribus des Ouled Riah et des Ouled Khelouf".[9]

Les faits tels que la torture et certains massacres perpétrés durant la colonisation et qu’on se plaît à rappeler ici, sont bien réels et ne constituent nullement une « découverte », puisque de nombreux historiens, chroniqueurs et journalistes français, ont en fait les premiers états.[10] Mais ce que ces  néo-historiens dont les noms viennent d’être égrenés enseignent à leurs étudiants, ce n’est pas l’histoire avec l’ approche critique, dépassionnée, des sources qu’elle requiert,  ce n’est pas cette attitude vigilante et distanciée envers l’évènement, mais uniquement le côté horrible et répulsif que comporte celui-ci. L’émotion qui résulte d’une telle présentation des faits achève de  paralyser chez l’étudiant les facultés réflexives et l’amène à envisager l’histoire sous l’unique rapport de l’évènement « sanglant ». Cette manière d’insister sur le caractère barbare ou génocidaire , comme on voudra, vise surtout à créditer, aux yeux de ses auteurs, l’idée auprès de l’opinion publique algérienne, qu’ils sont les seuls garants et  sentinelles vigilants de l’authenticité de l’histoire nationale que les « ennemis » internes et extérieurs du pays tenteraient de « falsifier ».  En outre, ils revendiquent même la paternité  d’avoir les premiers découvert dans les « archives » de l’histoire la torture, les massacres et le génocide commis par la France coloniale en Algérie. La France et tous les  Français  sont des « méchant colonialistes » en puissance et tous ont fait beaucoup de « mal » à l’Algérie. Les porteurs de valise avec le réseau Jeanson, les signataire du manifeste des 121,  tous de intellectuels de grand renom, les catholiques de gauche avec la revue Esprit qui ont soutenu la Révolution algérienne, et dénoncé avec vigueur les méfaits de la colonisation, ne sont jamais évoqués. Comme ne sont jamais évoqués certaines dérives de la Révolution algérienne, comme les massacres  de Melouza perpétrés par le FLN ou l’assassinat d’authentiques militants et responsables politiques au motif de « complot » ou de trahison durant la Révolution, et même après l’indépendance (Krim Belkacem, Mohamed Khider …)

Ce qui importe le plus , en effet, chez ces historiens institutionnels, c’est moins la réflexion et la production scientifique indépendante, que « l’activisme idéologique »[11] qui consiste dans la surenchère « nationaliste », dans le sur-dépassement du discours officiel en matière d’exaltation et de glorification de la « Révolution algérienne » présentée sous les dehors lisses et immaculés.

 Youcef Menasria dont il a été question précédemment, se signale singulièrement par une haine manifeste aussi bien envers la « France coloniale » qu’envers tous ceux qui, en Algérie, expriment une voix discordante par rapport à celle du FLN et des Anciens Moudjahidines avec lesquels il s’active en connivence. Collaborant à la confection de certains manuels scolaire d’histoire destinés aux classes du quatrième année moyenne, il tente de donner, comme ses semblables, une version à la fois unilatérale et héroïque de la résistance conduite sous la bannière du FLN contre la France présentée comme foncièrement "coloniale et colonialiste" En se faisant convier à une conférence sur « les crimes de la colonisation française en Algérie », organisée à l’initiative des trois partis de l’Alliance présidentielle, il déclare en sa double qualité de professeur d’histoire et de président de l’Union nationale des historiens algériens, qu’il est plus que jamais nécessaire de créer « des laboratoires de recherche historique composés d’historiens, de médecins et de biologistes » afin de "répertorier les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par les autorités d’occupation française tout au long des 132 ans de colonisation  »[12] La liste est bien longue en effet de ces historiens qui s’enferment dans la mémoire, exhument les crimes et les plaies, s’y complaisent et ne voient les choses et les évènements du passé qu'à travers le prisme de la passion véhémente et le désir d'en découdre avec l'ex-puissance tuteutrice.

  Voici un autre historien,quifait lui aussi le procès de la colonisation. C'est Ghali Gharbi. Enseignant  d’histoire à Médéa, il fait partie de cette chapelle de néo- historiens de la Révolution, qui aiment à cultiver avec délices la » mémoire »; il dénonce de son côté la torture dont la France coloniale s’est rendue coupable et dit disposer de preuves de son usage « systématique » et sur « une grande échelle par l’armée coloniale ». Il conclut en déplorant le fait que cette problématique n’a pas été « suffisamment explorée par les chercheurs et les spécialistes » dans ce domaine. Pourtant, ce qui mobilise le plus les énergies de ces derniers n’est pas l’histoire critique et dépassionnée, mais l’histoire de la mémoire envisagée sous l’unique rapport de la victime et du bourreau. Certes, la colonisation n’a pas été, comme le prétendent ses défenseurs, défrichement des terres et diffusion de la prétendue « civilisation » parmi les « indigènes », mais elle a été surtout une entreprise d’oppression, d’exploitation et de massacre de tous ceux qui ont osé se révolter contre elle. Là-dessus, nul ne conteste ces faits, sauf les nostalgiques de l’ "Algérie française" .

Parler des massacres commis par la France coloniale n’est donc pas une révélation, mais une répétition fastidieuse de ce qui a été dit depuis bien longtemps par la voix de beaucoup d'historiens  français eux-mêmes. Obsédés par la mémoire, et animés d’un fort ressentiment rétrospectif envers la France coloniale, ces historiens « organiques » se laissent  guider par une approche complètement irrationnelle qui ne laisse point de place au raisonnement critique, au recul  par rapport à l’histoire qu’ils prétendent reconstituer de manière « scientifique ». N’est « scientifique » à leur yeux que ce qui a été dit, rapporté ou écrit par les acteurs « nationalistes » de la Révolution. Tout ce qui a été écrit à son propos par d’autres, notamment par des étrangers ou par des Algériens au patriotisme réputé « suspect », n’est que falsification, mensonge et opinion arbitraire.

 

Les historiens de "métier"

 Je désigne sous ce titre les historiens sérieux qui sont mus par des mobiles philosophiques désintéressés, qui ont le souci de mettre au jour la complexité des faits historiques avec la rigueur et l'impartialité requises; qui donnent la prééminence aux idées dépouillées d'artifices et d'artefacts et qui, discrets et humbles, rejettent  comme pure vanité les auto- proclamations triomphalistes ou le Culte du Moi que Maurice Barrès avait  naguère méthodiquement cultivé  dans sa fameuse trilogie. A l'instar de Louis XIV le Grand, ce type d'historiens consciencieux et désintéressés savent eux aussi que : "l'artifice se dément toujours, et ne produit pas longtemps les mêmes effets que la vérité" ( cf. Mémoires). Peuvent être rangés dans cette rubrique les historiens dont les noms suivent :  côté français,  on citera Charles-André Julien, Charles-_Robert Ageron,   André Nouschi, René Gallissot, Gilbert Meynier, Guy Pervillé, etc. Côté algérien, Mahfoud Kaddache, Mohamed Harbi, , Omar Carlier, etc. J'exclu de cette liste bon nombre de chercheurs ayant consacré des travaux  de qualité sur l'Algérie ainsi  que des témoins ayant publiés des ouvrages, soit sur l'histoire de l'Algérie depuis la conquête du pays, soit des témoignages sur la guerre. Je me borne donc aux seuls noms d'historiens cités que je qualifie de "professionnels" dans la mesure où leurs travaux ressortent d'une facture élevée, et qui contraste de manière criante, avec la posture opportuniste, apologétique ou narcissique de certains historiens autoproclamés de l'Algérie post- indépendance et dont nous allons voir tout de suite la figure incarnée.

 

Benjamin Stora et les raisons de sa visibilité en tant qu' "historien accrédité" dans l'espace franco-algérien

Figure en tête de la liste de ce groupe des" autoproclamés" spécialistes  de l’Algérie, Benjamin Stora. Ce dernier est  l'archétype de l'historien "attrape-tout" et dont la boulimie en fait de lecture  et de " passion amoureuse" pour l'Algérie l'ont conduit à devenir l'un des historiens le plus prolifique de l'histoire évènementielle de  cette dernière et sur laquelle il a jeté son dévolu. De lectures intensives en compilations à n'en plus finir, il a réussi en un laps de temps relativement court à produire  une quantité impressionnante d'ouvrage, d’articles, et de documentaires  embrassant quasiment, mais seulement en surface, tous les aspects et les problématiques liés à l'histoire du pays ( la guerre, le nationalisme version messaliste, la mémoire, les pieds noirs, les harkis, les juifs "indigènes"…).

Dans une notice bien fouillée publiée sous le titre de « Sommaire Portrait de Benjamin Stora », Emmanuel Ratier nous décrit par le menu le  double  parcours intellectuel de Stora qui fut militant révolutionnaire trotskiste ( tendance Lambert) avant  de se faire recruter comme assistant  à l’université de Paris VII  et  soutenir des thèses universitaires à la faveur plus de coups «  de pistons » que d’efforts personnels…Se basant sur une foule d’informations et de témoignages recoupés, Ratier écrit  que la réussite universitaire de Stora la doit pour l’essentiel  au soutien et aux « facilités » dont il avait bénéficié « via les enseignants trotskystes », tels Pierre Fougeyrollas et Pierre Lambert avec qui Stora avait rédigé le catéchisme de base de l’OCI, sorte de manuel pédagogique destiné  à l’initiation du marxisme : « alors que son bagage universitaire est dès plus minces, le révolutionnaire professionnel, sans jamais avoir enseigné dans le secondaire, obtiendra, dès 1982, un poste de maître assistant en sociologie à Jussieu alors même que son doctorat de 3e cycle à l’École des hautes études en sciences sociales était en histoire (lui-même avoue cet énorme coup de piston dans ses mémoires, sans toutefois jamais paraître en être gêné). Il soutiendra alors, en 1984, un doctorat nouveau régime en sociologie (sciences sociales du Maghreb et du Moyen- Orient contemporain, avec Sociologie du nationalisme algérien, l’analyse sociologique par l’approche biographique) puis une thèse d’État (Histoire politique de l’immigration algérienne en France 1922-1962, soutenue en 1991).Dès 1986, il devient maître de conférences (1986- 1993), directeur à l'Institut Maghreb-Europe (dont le directeur du conseil scientifique est l’ancien député européen chevènementiste Sami Naïr) depuis 1990, il est directeur, depuis 1995, du DEA « Maghreb et sciences sociales » à Paris VIII Vincennes-Saint-Denis depuis 1994, étant devenu professeur d’histoire contemporaine en 1993, année où il devient responsable de la préparation au CAPES d’histoire-géographie. »[13]

 Dans un article bien documenté consacré  à la légende « dorée » que Stora  a construite autour de sa personne, Sadek Sellam nous décrit, de son côté, les circonstances et en même temps  les causes qui ont favorisé la « réussite » universitaire, puis médiatique,  de Stora qui s’est imposé comme un  « historien quasi-officiel de l’histoire algérienne en France, et [qui] est donc devenu un passage obligé, faisant la pluie et le beau temps quant à l’Algérie dans le monde universitaire français » ( Ratier). Pour Sellam, en l’occurrence, les premiers travaux universitaires de Stora : « furent marqués par ses engagements politiques à l'OCI de P. Lambert qui avait choisi de soutenir le mouvement messaliste contre le FLN . Il a rédigé son mémoire de maîtrise sur le MNA grâce aux collections de presse et aux articles d'une feuille confidentielle qui avait fait croire que Messali contrôlait la presque totalité des maquis algériens. S'il a pu soutenir une assez bonne thèse sur Messali-Hadj, c'est parce que Lambert avait ordonné que soit mis à sa disposition toutes les archives de l'OCI sur la guerre d'Algérie, mais aussi grâce à l'aide précieuse de Mohammed Harbi. Sans parler du  recours à Djenina, la fille de Messali, pour faire intervenir un ancien collaborateur de son père auprès de J. Berque (qui siégeait dans le jury de thèse), de façon à s'assurer à l'avance de l'indulgence du grand arabisant au moment de la soutenance. Le jeune thésard n'avait en fait pas besoin de cette intervention, car son travail était bon. Mais c'est une habitude chez lui de faire précéder ses demandes d'une discrète intervention, comme ce fut le cas au moment de son passage de Paris VIII à l'INALCO, qui fut facilité par une intervention ministérielle. »[14]

 Mais plutôt que de savoir gré à Lambert pour les éminents services qui lui a rendus en mettant à sa disposition  la documentation indispensable qui lui aura permis de produire une bonne thèse sur le vieux leader du nationalisme algérien, Stora  avait tout au contraire choisi de déserter le mouvement Lambertiste et Lambert lui-même au profit des socialistes, ce qui avait été considéré par les anciens amis de Stora comme une trahison pure et simple. D’aucuns Considèrent encore que Stora aura joué un rôle décisif dans la cassure produite en 1986 au sein du mouvement  lambertiste, et partant dans le basculement de sa base jeune et estudiantine dans le camp de François Mitterrand, lequel avait besoin d’injecter du « sang neuf » dans le Parti socialiste que le Mouvement de Mai 68 avait affaibli, voire discrédité aux yeux de larges pans de la jeunesse, alors révoltée contre  l’ « ordre moral ancien ». La gauche classique, socialiste et communiste confondues, était rejetée alors comme « réactionnaire », et rangée par la jeunesse dans « le camp bourgeois ». C’était dans ce contexte que s’était produite la cassure au sein des lambertistes, cassure à laquelle Stora avait contribué puissamment aux fins de renforcer les rangs du parti socialiste auquel il venait d’adhérer. Avec  le soutien et la complicité de son compagnon d’arme en la personne de Jean-christophe Cambadélis, Benjamin Stora aura été en effet  le principal fossoyeur du mouvement lambertiste dont il avait provoqué sciemment la saignée qui aura permis d’infuser au PS un « sang neuf » : plusieurs centaines de jeunes lambertistes rejoignirent le PS….Au sein de celui-ci, Stora ne chômera pas et s’efforcera d’ancrer plus à gauche le PS que d’aucuns, parmi les jeunes, regardaient alors sinon comme « droitier », du moins comme « bourgeois ». C’est alors  que Stora participera : « au lancement de sa fraction sinon gauchiste, du moins la plus à gauche, Convergences socialistes (qui deviendra Démocratie & Socialisme puis la Gauche socialiste), mais aussi plusieurs de ses satellites comme le Manifeste contre le Front national. Il est recruté au sein du groupe des « experts » chargés de l’immigration, il se trouve ainsi rapidement en retrait, ne se voyant pas offrir une éventuelle carrière politique intéressante (voir notamment Rouge, 16 octobre 2003) alors même qu’il est en train de percer dans le milieu universitaire. Il se retirera donc du PS un an et demi après y être entré, pensant sans doute être plus efficace « pour la cause » dans l’université. C’est que Stora a poursuivi cahin-caha, bénéficiant de facilités via les enseignants trotskystes, son parcours universitaire. À la rentrée de 1979, il devient chargé de cours d’histoire dans les écoles normales d’instituteurs de Saint-Germain-en- Laye et Antony, puis, l’année suivante, enseigne trois heures par semaine aux « étudiants empêchés » (c’est-à-dire les détenus) de la prison centrale de Poissy, ce qui lui permet de demeurer permanent. Cela va lui permettre d’obtenir son habilitation comme chargé de cours par les commissions de Paris X-Nanterre et Paris VII-Jussieu. »[15]

Outre  la félonie envers Lambert qui lui avait mis pourtant les pieds à l’étrier, Stora  se montrera  également, sans honte ni remord, d’une ingratitude invraisemblable à l’égard du célèbre arabisant et orientaliste Jacques Berque contre lequel il mena une campagne discrète, par personnes interposées, reprochant à ce dernier ses prises de positions pro-palestiniennes. En dénigrant Jacques Berque pour ces raisons, Stora escomptait faire plaisir aux Socialistes, et notamment à Lionel Jospin, lequel n’avait  jamais caché ses antipathies envers les musulmans, et symétriquement, ses sympathies manifestes envers Israël[16]

 Par ailleurs ces critiques dirigées contre la personne du vieil orientaliste « étaient censées ouvrir des portes au Maroc, où Stora s'était fait détacher à la fin des années 90 grâce aux soutiens du gouvernement Jospin qui lui accorda un financement du Quai d'Orsay. Elles servaient à complaire à André Azoulay (qui se réclame d'un "royaume judéo-berbère") et au courant berbériste marocain qui ne pardonne pas au grand arabisant d'être passé de l'étude bienveillante des Seksawa et des Béni-Meskine à la défense de l'arabité. C'est durant ce séjour que Stora a cherché à éclipser Vermereen qui l'avait précédé au Maroc pour y préparer une thèse patronnée par René Gallissot auquel l'opposent les vieilles querelles entre les trotskystes et les "staliniens". Grâce aux ex-lambertistes ralliés avec lui au PS et devenus rédacteurs au Monde, Stora a publié une longue interview dans laquelle il annonçait pour le court terme, au Maroc, des "lendemains qui chantent". Dans sa rivalité avec Vermereen, qui savait raison garder dans l'euphorie des premières réformes de Mohammed V, Stora s'est mué en "socio-futurologue". Il a pris le risque de présenter un Maroc vu du quartier chic d'Agdal de Rabat pour se faire le chantre d'une "phase post-islamiste". Il expliquait doctement, et imprudemment, que les investissements français attirés par les jeunes technocrates francophiles promus par le nouveau roi et la montée d'une "classe moyenne" allaient assurer une prospérité économique qui rendrait la contestation islamiste sans objet. Moyennant quoi, les instituts de sondage américains donnaient le PJD gagnant aux élections législatives non truquées, et la Qaïda n'a jamais autant sévi au Maroc qu'après ce "wishfulthinking" qui fit perdre à son auteur une bonne partie de sa crédibilité scientifique et politique.


Malgré le forcing de son ami Driss El Yazami (qui promit un bon rapport pour la FIDH sur les droits de l'homme en Algérie, à condition que ce pays ouvre la frontière et cesse toute aide au Polisario!), l'aide d'Azoulay et celle du courant berbériste, Stora était réduit au Maroc à une vie de "coopérant" coupé du pays réel. A son retour en France, il était omniprésent à tous les débats télévisés sur la guerre d'Algérie. "A entendre Stora, ce conflit de près de huit ans serait réductible à Mélouza, à la "bleuite" et au sort des harkis", protestait un  ancien ministre de Boumediene, pourtant diplomate et indulgent. A cette période, Stora expliquait dans un magazine éloigné des études historiques que, pour lui, "l'Algérie est un marché" et avouait qu'il soignait ses relations avec les attachés de presse beaucoup plus qu'avec les chercheurs.

On a pu s'apercevoir alors de son goût immodéré pour la médiatisation et de la facilité avec laquelle il acceptait de mettre l'histoire au service de la petite politique. Il a signé une pétition (publiée dans El Watan) réclamant l'indemnisation des biens communautaires juifs de Constantine, évalués généreusement à 144 millions de dollars. Il a certes démenti. Mais le mal était fait et ce tiède démenti n'a pas fait taire les commentaires sur les convoitises suscitées par la montée du cours du baril. Selon certains analystes, Stora avait mal vécu la publication de la "Lettre ouverte à Bouteflika" de Raphaël Drai qui réagissait à la promesse présidentielle aux Juifs d'Algérie de "recomposer la communauté algérienne", comme il appréciera peu le doctorat honoris causa décerné à J. Daniel par l'ex-université Benyoussef Benkhedda. Il croyait pouvoir rattraper tout cela en acceptant de s'associer à des revendications bassement matérielles fondées sur une argumentation plutôt tirée par les cheveux.

Ses réactions au livre d'Aussaresses sont dans toutes les mémoires: il répétait que le général n'apportait rien de nouveau, que le passé "éradicateur" de Mitterrand était archiconnu, que les DOP ne sont pas une création du gouvernement Guy Mollet, etc. Moyennant quoi, il fait présenter son livre sur Mitterrand et la guerre d'Algérie comme un coup de théâtre, par les journalistes complaisants  qui restent nombreux car son investissement en direction des attachés de presse produit encore ses effets.

En fait la publication tardive de ce livre est liée aux déboires d'une stratégie d'alliance politique qui aura été des plus néfastes pour l'impartialité de la recherche. En 2002, Stora a participé activement à la campagne de Jospin qui l'aurait sans doute nommé ministre, n'eût été le 21 avril. Tout récemment, il a fait partie de "l'écurie Hollande" qui a du mal à décoller dans les sondages. Sachant pertinemment qu'un ralliement à Mme Aubry est quasi-impossible, Stora a opté enfin pour une sorte de laïcité séparant l'activisme politique et la recherche historique. Mais sa fascination pour les médias reste entière, puisqu'il a publié le livre sur Mitterrand avec un journaliste du Point, alors qu'il avait le choix entre un bon nombre de bons historiens de l'Algérie »[17]

 

 STORA et l’Algérie

 Mais pourquoi son choix s'est-il ainsi porté sur d'Algérie et les Algériens en tant qu' "objets" de recherche et de dissertations? Né à Constantine de parents juifs et dont l'un des oncles était Rabbin[18], chef religieux ou guide spirituel de la communauté israélite, Stora paraît être à l'examen  tout hanté par ses souvenirs d'enfance algérienne. L'Algérie peuple son imaginaire de juif "déraciné", écartelé  qu'il est entre plusieurs identités superposées, mais toujours en conflit plus ou moins exacerbé : il est juif algérien de naissance et d'imagination, français d'assimilation et de culture, et israélien par affinités ethnique et politique jamais avouées. Trotskiste, tendance Lambert, Stora s'est épris pour le mouvement national algérien et s'est fait le biographe de Messali Hadj[19] et des militants nationalistes algériens de la première heure[20]. Ses affinités et "tropismes personnels et politiques" avec les trotskistes qui se  sont longtemps engagés en faveur de Messali et du MNA durant la guerre d'indépendance constituent  le deuxième facteur explicatif de "la passion algérienne" de B. Stora et qui l'a poussé à faire de l'Algérie son objet de recherche favori, et la rampe de lancement de sa promotion foudroyante au plan surtout médiatique. Préféré des médias français qu'ils le sollicitent pour des missions  d'analyse et d'"expertise" sur l'Algérie, il a fini par élire domicile sur quasiment tous les plateaux de télévision, de 1990 à nos jours. La décennie noire vécue par l'Algérie le propulsa encore plus sur le devant de la scène en le rendant plus que  jamais visible. Sa notoriété médiatique et son titre d' historien quasi exclusif de l'Algérie lui a permis d'éclipser ses anciens maîtres et directeur de thèse (Berque, Ageron, Gallissot, Harbi…) qu'il a fini par assassiner symboliquement pour s'imposer en lieu et place. C'est le complexe d'Œdipe, qui donna un coup de grâce à son père Laïos.

  L' "histoire" et la "mémoire" algériennes, en tant que chasse-gardée

 Cette mission accomplie, Stora passa outre. Il essaya et réussit à

étouffer la voix de tous ses concurrents réels ou potentiels sur le terrain algérien, devenu son monopole et le périmètre sacré qu'il tâchera de préserver vaille que vaille  envers et contre  tous "les intrus": outre la non reconnaissance des dettes contractées envers ses maîtres, il s'employa et s'emploie encore à maintenir son "pré carré" algérien afin de le préserver des intrusions de la nouvelle génération d'historiens, et même de sociologues aussi bien français qu'algériens. Dans ses écrits comme dans ses interventions médiatiques, il fait l'impasse total sur ses concurrents et ne citent  certains d'entre eux que très discrètement dans ses bibliographies. Même l'histoire   des juifs d'Algérie n'échappe pas à sa vigilance et s'évertue à en faire " sa chose" personnelle. D'où sa méfiance et le silence qu'il observe sur la thèse d'Aouate, un juif laïc de parents hébraïques originaires de l'Algérie. Celui-ci a consacré en effet une excellente thèse sur cette communauté, mais que Stora passe complètement sous silence.[21]Sur le mouvement national, Stora a un autre contradicteur en la personne de Jacques Simon, lui-même d'origine juive, de tendance gauche et qui a fait de la défense du nationalisme algérien, et de son "inventeur", Messali Hadj, l'un des objectifs principaux de son combat qui se confond avec sa vie intime.[22]  S'il est un des détracteurs invétérés, tenaces, de Benjamin Stora, sur le terrain algérien, c'est bien en effet Jacques Simon. A l'Université de Paris VIII ( Saint-Denis), ce point de ralliement du gauchisme "soixante huitard" où les non bacheliers pouvaient alors s'inscrire, après un test rapide, comme étudiants, Jacques Simon n'avait de cesse à l'occasion de rencontres et des débats consacrés l'Algérie, en particulier durant les années  quatre-vingt dix, de dénoncer les approximations, les faiblesses et les lacunes contenues dans les écrits de Stora sur la genèse du nationalisme algérien dont il s'est fait une spécialité, voire un article de foi exclusif. Il en est résulté de fortes animosités entre les deux prétendants putatifs au titre d'"historiens " du nationalisme algérien…

 

La virginité du terrain algérien, une chance de réussite académique pour l'Autre

 Comme Gilles Kepel, qui a trouvé dans l'islam, l'intégrisme islamique et les "fous de Dieu", au sud comme à "l'Ouest d'Allah", le filon qui lui a permis de s'accréditer "spécialiste" incontesté de l'islam en général, et de l'hexagonal en particulier, au point que les Orientalistes de la vieille école ( Massignon, J. Berque, L. Gardet…)ont été relégué au second plan, Stora a réussi pareillement un coup de maître en faisant tomber dans l'oubli ceux auxquels il est redevable d'une grande dette : Ageron, Kaddache, A. Nouschi, J. Jurquet, R. Gallissot, M. Harbi…). Kepel éclipse son directeur de thèse, R. Leveau, quand Stora achève R. Gallissot. Œdipe triomphe de Loïs, son père, sacrifié au complexe de son fils. Le tour est joué!

 La virginité du terrain algérien, historique et sociologique, son délaissement par les chercheurs algériens, la paresse ou le mépris qu'ils éprouvent envers les enquêtes empiriques, et leur tendance fâcheuse à se gaver des théories abstraites produites par d'autres, telles sont les causes principales qui ont incité bon nombre de chercheurs étrangers, imaginatifs et ambitieux, à faire le travail délaissé ou négligé par les nationaux. Non seulement ces chercheurs étrangers, européen et nord américain, n'ont  pas  su  seulement défricher et exploiter avec profit le terrain laissé en jachère par les chercheurs nationaux post- indépendance, mais ils ont su également transformer certains d'entre eux en  pourvoyeurs d'informations, après avoir fait  de l'Algérie un terrain de prédilection pour la conduite de leurs observations et  enquêtes  sociologique , ethnique et politique.

 

 L'Algérie et les algériens comme "objets passifs" et non comme agents actifs de  la recherche.

   C'est dire  que l'Algérie est un terrain d'expérimentation scientifique, une mine de renseignements de faits sociologique précieux,que seuls les étrangers ont su jusqu'à présent exploiter avec un grand profit. Le nombre impressionnant de publications, souvent de haute facture, publiées à l'étranger sur notre pays, témoigne de l'intérêt  qui lui est accordé de par le monde en tant que grande nation, stratégiquement bien située à la charnière de l'Europe  du Moyen Orient et de l'Afrique sur laquelle elle s'ouvre grandement. L'étranger ne s'intéresse pas seulement à notre pétrole, mais aussi à notre politique, à nos mœurs sociales et politiques, à nos manières de penser, de sentir, d'agir et de se représenter le monde des phénomènes. C'est pourquoi beaucoup de chercheurs occidentaux s'intéressent à notre pays et en deviennent les "spécialistes" ou les "experts". Ils acquièrent ces titres et fondent leur autorité académique en exploitant les ressources et les sources de notre pays dont nous sommes incapables d'en tirer partie.

 

La sous-traitance scientifique

 En effet, il est de notoriété publique, que certains  directeurs de recherche, comme Benjamin Stora, n'ont pu, en effet, fonder leur autorité académique, soigner leur "image de marque" et faire croître leur prestige qu'en exploitant le filon algérien, ainsi que le gisement d'informations constitués par leurs étudiants et "correspondants" locaux dont certains jouent plus le rôle d'intermédiaires intéressés et empressés que celui d'agents actifs et autonomes au plan de l'esprit critique. Comme dans le domaine économique et de l'espionnage, certains directeurs de recherche recourent à la "sous-traitance". Pour y parvenir à cette fin, deux voies ont été suivies pour puiser les informations à la source : ou bien le directeur de thèse d'un étudiant algérien oriente le choix des recherches de ce dernier sur des sujets en corrélation avec ses préoccupations académiques, soit il le prend, quand il a déjà choisi lui-même le sujet de sa thèse,  sous sa direction, et dans les deux cas le directeur de thèse étranger se trouve gagnant dans la mesure où il dispose de l'information primaire pour en tirer des conclusions théoriques personnelles qu'il recycle dans des ouvrages consacrés à l'Algérie. Même en citant en note de bas de pages ou dans la bibliographie, son étudiant, le directeur de thèse reste cependant l'auteur d'une théorisation que ce dernier est incapable d'opérer, faute de formation et d'outils conceptuels. D'autres voies sont empruntées pour récolter les données primaires avant de les transformer en produits "raffinés" : les réseaux "d'amis"et les clientèles locales. Ils constituent des sources d'information et de pistes intéressantes de recherche que le directeur de thèse d'un étudiant algérien s'empresse d'exploiter à bon escient. S'intéresse –t-il à un sujet donné, tel par exemple la polygamie ou l'intégrisme religieux? Un directeur de thèse suggère dans ce cas à son étudiant de prendre pour objet de thèse l'un des deux sujets cités. Par ce jeu de "donnant-donnant", notre étudiant accepte " le marché" et en échange son directeur de recherche lui garantira la réussite de sa thèse, surtout si l'étudiant ne constitue pas un concurrent potentiel sur le marché Belge, Français ou Suisse et qu'il est boursier de son gouvernement ou suivi à distance par le jeu des "stages" de longue et courte durée.

 

Les éternels étudiants.

 Il y a beaucoup et il y a toujours eu beaucoup d'algériens qui, tout en enseignant aux universités nationales au titre d'assistants ou de maître- assistants, s'inscrivent comme "étudiants" en vue d'une thèse dans les universités européennes sous la direction de professeurs réputés "experts " de l'Algérie. Or, bon nombre d'entre eux mettent quelquefois une dizaine d'années avant de soutenir, quand d'autres abandonnent à mi-chemin. Parmi les moins doués d'entre ces éternels étudiants, souvent âgés et ayant à leur charge une progéniture nombreuse, il en est qui finissent pourtant à décrocher leur thèse. Par le jeu  des circonstances diverses, tels que "les échanges de service" mutuels,  ils deviennent les amis ou les "clients" de leurs directeurs de recherche, ce qui amène ces derniers à être moins regardant sur "la qualité du produit" livrée sous forme de thèse. Les directeurs de recherche les moins scrupuleux, et pour lesquels l'éthique, la morale et les vertus déontologiques n'ont aucune valeur à leurs yeux, exploitent leurs thésards en se faisant livrer informations, documents et pistes de recherche qu'ils mettent eux-mêmes en valeur pour réactualiser leurs travaux ou s'en servir pour discourir ou "théoriser" sur l'Algérie. Ce faisant, ils confinent de la sorte leurs "clients" et obligés algériens dans une position végétative, celle de chargés de tâches subalternes et de "récolteurs" d'informations au profit d' autrui.

 En échange de cette sale besogne, quelques-uns de ces éternels étudiants sont quand bien même assurés d'obtenir par le jeu de l'amitié feinte et la complaisance du mandarin bien arrimé à sa chaire la thèse espérée. Mais quelle thèse! Au vrai, elle se réduit souvent en une immense accumulation de faits et de compilation indigestes mais que la mandarin aura déjà su en tirer profit en la passant au tamis. C'est que souvent aussi ces étudiants en panne de formation et d'esprit critique ne savent pas exploiter leurs propres données et en sont réduits à empiler des faits "bruts" sans les trier, classer, analyser, et structurer hiérarchiquement en un système cohérent et articulé.

 

Constantine, lieu d'imaginaires et de prédilection pour les chantres de la "mémoire"outre-mer.

Constantine, comme chacun le sait, s'associe dans l'imaginaire populaire, aux oulémas, et surtout à son chef de file, Abdelhamid Ibn Badis. Pour certains, à Massinissa, et pour d'autres, elle renvoie à l'image de la résistance héroïque d'Ahmed Bey face aux assauts  des troupes d'occupation françaises commandées par Le Maréchal Valée en 1837. Le général Damrémont y a laissé sa peau lors du premier assaut lancé contre le Rocher surplombant le Rhumel. Constantine évoque aussi pour certaines générations d'Algériens entichés de musiques, de folklores et de diversité"ethniques" (arabe, berbère, andalous, turcs, français, maltais, espagnols, etc.), la communauté israélite dont le chanteur  Enrico Maçias en était issu. Ce Juif, né à Constantine, comme Stora, est très populaire parmi certains franges de la jeunesse constantinoise, bien qu'il soit devenu sioniste dans l'âme et un défenseur impénitent du "Grand Israël".

Or, c'est dans cette ville naguère cosmopolitique où des souvenirs s'entrecroisent, que Stora  a ses entrées, ses amis et quantité de relations qu'il n'a cessé de cultiver et d'entretenir pour exhumer les souvenirs enfouis aux quatre recoins  intimes de la ville et afin d' en tirer la matière indispensable à fabriquer l' histoire de "la mémoire". C'est là, dans cette ville, qu'il trouve bon accueil auprès d'amis algériens, qui le pilotent à travers la ville et lui font visiter et revisiter les "lieux de  mémoire" ( Nora) : la demeure de son enfance encore accrochée au flanc du Rocher, la Synagogue ou ce qu'il en reste, le cimetière juif, la Maison du Dr Benjelloul, La médersa du cheikh Ibn Badis, et plus loin encore, au Nord-Ouest, Sétif, ville natale de Ferhat Abbas. Puis, détours par Khenchela, où il retrouve là encore les traces de sa généalogie, les reliquats ou les souvenirs de son ascendance de "juif algérien" redevenu français par la "force des choses" ou par le Décret Crémieux de 1870… Dans un livre qu'il a publié en collaboration avec Jacqueline Zakya Daoud[23], "il est question à plusieurs reprises (…) d'un certain Elie Stora ( père? oncle?), notable israélite et SFIO, maire-adjoint de Khenchela, ami de longue date de Ferhat Abbas. Une photographie ( Elie Stora, Ferhat Abbas, leurs épouses) figure même dans l'ouvrage, tirée d' "archives privées"[24]

Recherche du tropisme ou des "temps perdus"? Peut-être les deux. Toujours est-il que les accointances algériennes de Stora, son implication et les "émotions"que suscitent en lui  l'Algérie associée aux souvenirs de son enfance, de sa famille et de sa communauté religieuse ont déterminé de manière essentielle sa quête brûlante de "la mémoire"qu'il cultive de manière pathétique. Ses "amis" algériens, notamment ceux de Constantine, l'ont beaucoup aidé à défricher le terrain algérien " de la mémoire", mais aussi de l'histoire. Il leur doit beaucoup, et c'est en partie, grâce à eux, qu'il s'est imposé sur le champ académique, et surtout médiatique, comme  historien  attitré de "la mémoire de la guerre d'Algérie"dont témoigne son livre, La Gangrène et l'Oubli.[25]

 

 Thèses de complaisance

L'Algérie ne détient pas seule le privilège de la délivrance par des jurys complaisants de diplômes de doctorats. Cela existe également en Europe, sauf que dans ces pays, cette complaisance ne s'applique pas aux nationaux, mais seulement à certaines catégories d' étudiants du "Tiers-Monde"pour des raisons que l'on peut aisément deviner : ceux dont on sait qu'ils auront la plus grande chance de décrocher, une fois retournés chez eux, des fonctions importantes dans les institutions locales ( ministérielles, universitaires…) et dont on pourrait  espérer attendre d'eux des services en retour; il y a aussi  ceux qui se font valoir aux yeux de leur directeur de recherche en invoquant le fait qu'ils occupent déjà un " poste"  important dans l'administration  de leur pays d'origine avec en sus "un carnet d'adresses" et un "paquet" de relations impressionnantes…Envers cette catégorie d'étudiants, les jurys de thèse ne sont pas tellement regardants et font preuve d'un laxisme d'autant plus calculé qu'il est intéressé.

Tous les membres de jurys ne sont, toutefois, ni complices ni complaisants. Mais dans certaines universités européennes, le jeu du clientélisme et du favoritisme à l'endroit de ces catégories d'étudiants "chanceux" du tiers-monde fonctionne pourtant à qui mieux mieux, et  souvent sur  le mode d'un néo-colonialisme qui ne dit pas son nom. Je dispose en effet de preuves d'autant plus irréfutables que nul ne trouvera à redire. Dans une notice  interne datée du 12 juillet 1982 et envoyée à toutes les " dames et messieurs les recteurs d'Académie de Créteil" par la direction de la coopération et des relations extérieures et ayant pour objet plus précisément :" délivrance des doctorats aux étudiants étrangers", il est dit en substance que :" Le Ministère des relations extérieures a appelé dernièrement mon attention sur l'indulgence excessive avec laquelle certains jurys de thèse délivrant des doctorats d'Etat ou de 3ème cycle à des étudiants étrangers…

Les observations exprimées par telle ou telle autorité universitaire étrangère reflètent en effet sinon une crise de confiance du moins un vrai malaise que l'on entend ici ou là exprimer parfois dans les milieux universitaires étrangers.

Je crois utile de vous rappeler que les critères à prendre en compte pour la délivrance de doctorats à des candidats étrangers doivent être les mêmes que ceux adoptés pour des candidats français.

 

Dans la négative, une indulgence intempestive porte atteinte au crédit de nos titres universitaires dans les Etats étrangers et desserviraient en fin de compte la coopération que la France entretient avec eux.

 Je vous remercie par avance de bien vouloir appeler l'attention de vos collègues présidents de jurys sur ce point.

 La direction de la coopération et des relations extérieures

 Daniel Elondel  et   Romain Gaigmard"[26]

   Beaucoup d'étudiants algériens, surtout ceux ayant toujours arboré une double "casquette" (fonctionnaires- étudiants, enseignants en poste inscrits en thèse…) ont eu à bénéficier de cette "indulgence excessive" dont parle la note en question de la part de certains membres de jurys étrangers, et parmi eux, ceux qui ont fait de certaines "aires culturelles" leur chasse- gardée, autrement dit leur terrain de prédilection pour y  mener à bien  leur recherche en s'imposant comme experts exclusifs, sans concurrents ni détracteurs, dans l'espace géographique et ethnique qu'ils ont investi. L'Algérie, comme terrain et filon propice à la recherche, n'a pas échappée à la convoitise de certains directeurs de recherche étrangers ayant fait de l'Autre un objet "ethnique" d'expérimentation, d'analyse et de "discours" teintés parfois de paternalisme,  d'exaltation altruiste  ou encore d'amour plus ou moins affecté, comme le feint si bien Benjamin Stora dont le cabotinage et le culte de soi suscite tour à tour l'émoi et le pathos.

 Il existe en effet un petit groupe d'"enseignants- chercheurs"à l'université de Constantine qui n'ont jamais entrepris d'autres travaux dignes d'intérêts que ceux qu'ils ont réalisés sous l'égide de Benjamin Stora. Ils lui sont redevables de quantité de services (inscription en thèses, lettres d'invitation à des colloques à Paris VIII, des vacations, etc.) Ces services se payent, évidemment, en retour, car les bénéficiaires de ces petites largesses ne lésinent pas sur les moyens pour s'acquitter de leurs dettes envers lui : on l'invite à Constantine, mais aussi à Khenchela, Sétif et ailleurs pour s'enquérir de la "mémoire" des morts et des vivants et pour gloser sur les jeux de miroirs franco-algérien. Mohamed Harbi et René Gallissot, par exemple, ne bénéficient pas autant de sollicitudes que Stora, et cette discrimination est révélatrice d'un état d'esprit qui ne dit pas son nom…C'est que les deux premiers, comme bien d'autres chercheurs scrupuleux, n'acceptent jamais de diriger des travaux et des thèses  dont ils savent  que les postulats n'ont pas les capacités requises de maîtriser leurs sujets, et jamais aussi n'admettent qu'un économiste ou un sociologue se reconvertisse sous leur direction en docteur d'histoire. C'est pourtant le cas de Stora qui n'hésite pas à transgresser quelques règles pour satisfaire les attentes de certains de ses "amis" algériens duquel il a toujours attendu un geste en retour…Don contre don, tel est le secret de l'histoire…

Ainsi, en feuilletant par hasard le fichier national des  thèses  à Paris, je n'en revenais pas de découvrir qu'un de mes ex-collègues de l'Université de Constantine, Mohamed Gherras, avait soutenu une thèse d'histoire à Paris VIII sous la direction justement de Stora, alors que ce collègue était dans les années quatre vingt ans enseignant en sociologie avant de devenir recteur de Khenchela, puis secrétaire Général du MESRS. Certes, le titre allongé  à souhait de cette thèse suggère l'économie ou la sociologie, mais le diplôme est bien un diplôme d'histoire.[27]

S'il n'est pas interdit qu'un sociologue se reconvertisse en historien, et vice versa, et s'il n'est pas non plus choquant qu'un enseignant chercheur anciennement militant d'un parti ou d'un syndicat ( le CNES ou l'UGTA) troque son statut pour un poste administratif ou politique, il est cependant difficile d' admettre ce type de favoritisme et de complaisance dont certains directeurs de thèse et membres de jury, tant français qu'algériens, font preuve à l'égard de leurs proches…

 Ce cas est loin d'être le seul, et l'on pourrait aisément découvrir quantité de thèses soutenues ici et là sur le mode clientéliste. Benjamin Stora a aidé et continue encore à soutenir beaucoup de ses amis algériens, en particulier ceux de Constantine, qui lui servent de pistes et de guides tout en lui offrant  plats et gîtes à l'occasion de ses visites de recueil de témoignages et d'"impressions de voyage" dans l'Est du pays. Parmi eux, Abdelmadjid Merdaci, figure en effet parmi les  incontournables.

Ami de longue main de Stora, envers qui il s'est toujours montré fidèle et disponible, Merdaci sert de "pilote" et d'éclaireur à son hôte toutes les fois que celui-ci atterri à Constantine pour s'y ressourcer et re-détecter les traces de son enfance de juif écorché vif, nostalgique,  hanté par "la mémoire" et calciné par le désir souterrain de l'immortalité à laquelle les Anciens Grecs croyaient ou s'efforçaient de croire pour conjurer les terribles angoisses de leur existence de mortels.

En effet, dans l'un de ses ouvrages illustrés d'images et de paysages, et intitulé Algérie, formation d'une nation[28],  Stora s'exhibe en photo en dessous sous-titrée "Avec mon ami A. Merdaci, professeur de sociologie, sur le campus de Constantine"[29]

 

 De la sous-traitance scientifique….

 La logique de la sous-traitance scientifique joue ici à plein. Mais que reflète-t-elle? L'hétéronomie de la volonté de certains de nos chercheurs promus de la sorte au rang de "docteurs" à se faire par eux-mêmes, à se créer dans une liberté de l'esprit sans maîtres à penser ni transcendance. Incapables de penser par eux-mêmes, d'écrire et d'analyser les formes phénoménales de leur propre société, ils se désistent au profit d'autrui qui se charge de combler le vide béat à leur place. Certains auteurs de mémoires de thèses se choisissent, en effet, le patronage  d'experts "célèbres", mais complaisants, pour camoufler le déficit flagrant de leurs travaux. D'autres, ceux qui savent réfléchir et  rédiger leurs pensées comme ils le peuvent, ou ceux qui savent manier plus le verbiage que le verbe dépouillé de sa gangue et de ses scories, cherchent auprès des "experts" français de l'Algérie ce sceau, cette signature, qui hausserait la valeur de leurs écrits. Ainsi Kamel Kateb[30] qui s'est fait préfacer son livre par Stora, et Khalida Messaoudi Toumi qui s'est fait écrire son "Algérienne debout" par la sioniste de gauche, Elisabeth Schemla[31] en sont-ils la preuve….

 

L’image de Benjamin Stora dans certains médias algériens et les excuses d’El Watan…

De ce qui vient d’être dit, il n’est pas difficile de déduire  que Stora bénéficie auprès de certaine presse algérienne de respect et de considération ;  de même qu’auprès de plusieurs universités algériennes qui  le sollicitent et le convient souvent à leurs colloques consacrés  à  la Guerre D’Algérie, aux évènements sanglants du 8 mai 1945,  à la répression d’Octobre 1961 à Paris, etc. Constantine, Sétif, Khanchla, Tlemcen et bien d’autres villes universitaires l’accueillent en historien attitré de l’Algérie…. Comme on sait qu’il est bien introduit politiquement au sein de la famille socialiste ( de Mitterrand à Hollande),  et qu’il  a été successivement l’Eminence grise des principaux responsables PS ( Henri Emmanuelli, L. Jospin, F. Hollande…), et qu’il détient un pouvoir réel sur certaines institutions universitaires en France tout en bénéficiant d’une aura certaine auprès des groupes sionistes liés au PS , certains,  en Algérie y voient une personne « utile » et qui pourrait rendre bien des services… Et en effet, Stora il le peut, car il a vraiment « les bras longs »…. C’est pourquoi on le ménage et on évite tout ce qui pourrait l’irriter  ou attenter à sa dimension affective…

Ce que Stora n’a cessé de proclamer haut et fort, à savoir sa judéité, son origine juive, qu’il crie d’ailleurs sur tous les toits du monde, en Algérie, certains n’osent pas le faire. Adjectif ou substantif ,  le nom juif  n’est pas bon à écrire. Dire de quelqu’un  qu’il est juif ou d’origine juive   relève non seulement d’un tabou, mais d’un acte attentatoire contre l’humanité sémite, réduite ici à son seul segment hébraïque…

On s’aligne ainsi sous le poids du chantage sentimental sur les positions européennes pour qui le simple qualificatif  de juif constitue un acte anti-juif !

 

L’exemple qui suit illustre parfaitement  cet alignement inexpliqué  en même temps que « le pouvoir » ou le prestige que Stora semble exercer sur certains imaginaires algériens. Dans un article consacré à l’instrumentalisation de l’histoire, et publié dans les colonnes d’El Watan en décembre 2011, j’avais évoqué l’origine juive de Stora en commettant cependant deux erreurs  que je réctifie ici : la première d’avoir dit que le Grand-père de Stora était Rabbin, alors qu’il s’agissait en fait d’un de ses oncles, et la seconde d’avoir par pur inattention qualifié Mohamed Gherras d’économiste alors qu’il est sociologue… Dans son édition datée du 7 décembre,  El Watan insère la précision suivante en guise d’excuse :

" A Benjamin Stora

Dans la contribution publiée dans l'édition d'El Watan du 4 décembre 2011 dans la rubrique idées-débat et intitulé :"comment l'histoire est instrumentalisée", son auteur, le professeur Ahmed Rouadjia a cru utile d'évoquer que le grand-père de l'historien français, Benjamin Stora, était "un rabbin natif de Khenchela". Ce rappel pourrait être interprété comme véhiculant une allusion antisémite. Pour cela, El Watan prie Benjamin Stora d'accepter ses excuses." El Watan qui s’empresse de demander des excuses à Stora pour une « faute » qu’il n’a pas commise, voilà qui relève d’une démarche d’autant plus incompréhensible qu’elle frise l’absurde ! En même temps qu’elle reflète une attitude servile de la part de son rédacteur, cette mise au point injustifiée traduit en même temps un mépris doublé d’une méconnaissance de la notion même d’ : « idées-débat ». L’opinion exprimée  dans cette rubrique n’engage en théorie que ses auteurs, et non la ligne éditoriale du journal, et l’on se demande dès lors en vertu de quelle logique celui-ci s’érige-t-il tout à la fois en juge et en censeur ?

Ce qu’il convient de remarquer, c’est que la teneur de cette mise au point n’était pas imputable à toute la rédaction d’El Watan, mais l’œuvre  du seul responsable de cette rubrique, qui était alors Ali Bahmane.

Le même article avait suscité une réaction indignée de la part de Madjid Merdaci que j’y avais alors  cité comme étant  l’une des ombres de Stora. Cette réaction est publiée dans el Watan daté du 21 décembre sous le titre de «  Droit de réponque [sic] du professeur Abdelmadjid Merdaci ». Il écrit : « Dans votre édition du dimanche 4 décembre 2011, vous avez publié sur deux pages un texte signé par A. Rouadjia, dont l’objet déclaré était de rendre compte d’une émission de la Télévision algérienne consacrée à la commémoration du 1er Novembre 1954 et à laquelle j’avais été convié. Il n’a pas échappé à vos lecteurs - dont beaucoup m’ont fait l’amitié de s’en émouvoir et encouragé à user du droit de réponse - que cet article professionnellement inqualifiable - critique télé, critique historique ? - ciblait ma personne de manière explicite, usant de procédés qui n’honorent ni leur auteur ni les principes généreux de la liberté d’expression.

Acteur public du fait de mes engagements professionnels d’universitaire, de chercheur et de citoyen, je serais le dernier à m’élever contre l’exercice, souvent tonique, de la critique que j’ai constamment appelée de mes vœux et toujours acceptée comme un gage de l’enracinement du débat d’idées, si nécessaire à l’évolution de notre société. Il est clair que ce n’est pas le registre de mon censeur de circonstance avec lequel - je veux le préciser à l’intention de vos lecteurs - je n’entretiens et n’ai jamais entretenu de rapports ni de travail, ni de voisinage, ni de quelque nature que ce soit et l’apparente gratuité de cette attaque peut ouvrir droit à toutes les supputations.

Sur mes qualifications d’historien, il eut suffi à votre auteur de consulter - comme le font couramment étudiants, chercheurs ou journalistes - les sites Internet pour être fixé et je m’oblige à la cruauté du rappel que sur plus d’une trentaine d’années de participation aux colloques et aux publications sur l’histoire du nationalisme et de la guerre d’indépendance tant en Algérie qu’à l’étranger, je n’ai pas croisé le nom de cet inattendu défricheur des mémoires.

L’amalgame, digne des dénonciations anonymes que convoque votre auteur pour mettre en cause des personnes dont le tort apparent serait de figurer dans le champ de mes relations, confirme, si besoin était, qu’il s’agit bien d’une attaque ad hominem et informe sur ses intentions. Vos lecteurs avisés n’auront pas manqué de s’étonner de voir cités l’actuel secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur - qui, par ailleurs, n’est pas économiste - et une éminente historienne - auteure d’une thèse référence sur Constantine de l’époque ottomane - dans ce qui se présentait comme une critique d’un débat télévisé sur le 1er Novembre 1954. Pouvait-il alors être surprenant que dans sa lancée votre correspondant en vienne, sans autre forme de procès, à remettre en question la validité scientifique des travaux de Benjamin Stora qu’il affuble - et la nature de la charge est éloquente - d’un grand-père rabbin de Khenchela.

Dans le souci têtu de disqualifier mes propos - qui ont duré deux minutes d’antenne et qui auraient assurément mérité au moins d’être portés à la connaissance des lecteurs qui auraient pu en juger -, le critique télé improvisé découvre, et il n’est jamais trop tard pour cela, les qualités du cinéaste Djelloul Haya auteur, écrit-il, «d’un film sur Mechati». Haya, comme le savent ceux qui s’intéressent à l’histoire du nationalisme algérien, est l’auteur de deux grandes séries historiques : l’une sur les négociations d’Evian - qui a fait l’objet d’une publication -, l’autre, Aux sources du 1er Novembre, qui eut un impact énorme lors de sa diffusion en 1990 et qui fut suivie du seul grand débat en direct diffusé par la Télévision algérienne, associant les grandes figures de la guerre d’indépendance et trois historiens algériens, dont l’auteur de ces lignes.

Les historiens de métier apprécieront aussi la foucade qui ramène le travail fondateur de Mohamed Harbi à l’aune d’un témoignage de surcroît sollicité. Quant au malouf, il est notoirement au-dessus des considérations misérables de votre médiocre censeur et ceux qui me font l’amitié de suivre mes modestes travaux savent à quel point je lui suis redevable des valeurs de beauté, de liberté et de tolérance si tragiquement blessées aujourd’hui. Tout cela confirme le triste constat que la liberté d’expression vaut d’abord par l’usage qu’on en fait . »


 Le  droit de réponse et la « liberté de la presse »….

A la lecture de cette réponse, j’ai téléphoné à Bahmane, responsable de la rubrique-Idées- Débats pour lui annoncer que j’allais user de mon droit de réponse et que celle-ci était déjà prête. D’abord au téléphone, il me dit d’un ton nerveux que s’il l’avait lu l’ article incriminé, il ne l’aurait pas  fait passer et qu’il serait bien  inutile d’insister sur le fait  de vouloir passer ma mise au point dans le quotidien. En réponse  à mon courrier électronique, M. Bahmane m’écrit en date du 26 décembre que : « La règle d'usage est de ne pas faire de mise au point à une mise au point, car cela entrainerait des mises au point à la mise au point, ce qui serait ingérable. Tu as critiqué Merdaci, il t’as répondu, cela s’arrête-là. »

 Il s’agit d’une censure qui ne dit pas son nom. Pourtant, le jour même où « l’excuse » a été demandée à Stora, on peut lire à la « une » du quotidien : « El Watan a reçu, lundi soir à Lyon, le trophée de la liberté de la presse décerné par le département Press freedom et organisé par la Wan-Ifra, l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias de l'information. 

 

En dépit de cette liberté supposée de la presse, ma réponse à mon détracteur n’ a  donc pas été publiée au motif qu’elle « entraînerait des mises au point à la mise au point » ce qui deviendrait « ingérable ». La teneur de ma  réponse censurée par M. Bahmane et dont les lecteurs d’El Watan n’ont pu lire était la suivante :

 

« En feuilletant l'édition d'El Watan datée du 21 décembre, je tombe sur la page "idées débat" où se déploie un titre en gros caractères, intitulé :"Droit de réponse du professeur Abdelmadjid Merdaci" où l'auteur entend devoir répondre à mon article publié dans le même quotidien en date du 4 décembre et dans lequel je l'ai cité dans un contexte que justifiaient pleinement plusieurs raisons d'ordre éthique déontologique et intellectuelle :la première réside dans le fait que lors de l'émission de télévisuelle dédiée à la commémoration du déclenchement du 1er Novembre 54, M. Merdaci a été présenté comme étant un historien invité en la circonstance à commenter en expert confirmé les témoignages des acteurs de la première heure, présents sur le plateau. Cette présentation m'a d'autant plus choqué qu'elle relève de l'usurpation pure et simple du titre d'historien. Connaissant Merdaci pour l'avoir croisé à plusieurs reprises durant les années 80 dans les couloirs de l'Université de Constantine lorsque j'y exerçais le métier d'historien "stagiaire", il se faisait alors passer plutôt pour sociologue. La seconde raison tient au fait que ce sociologue métamorphosé soudain et comme par enchantement non pas en un historien ordinaire, mais en historien qualifié pour penser ex cathedra la Révolution algérienne, m'a incité à réagir contre cette manière de s'introduire par effraction dans un domaine qui n'est pas le sien. Troisième raison, enfin, réside dans le constat que M. Merdaci n'a jamais, à ma connaissance, publié un seul ouvrage de sociologie ou d'histoire qui soit digne d'être cité dans une bibliographie académique. J'ai beau chercher partout, je n'en ai pas trouvé, bien que M. Merdaci puisse faire valoir ses "qualifications d'historien" et  ses écrits consignés sur les "sites Internet". Sans parler évidement de ses prétendus trente ans de participation à des colloques au terme desquels il aurait publié de nombreuses publications consacrées à " l'histoire du nationalisme et [à] la guerre d'indépendance tant en Algérie qu'à l'étranger", sans qu'il ait jamais, pendant ce parcours jalonné de production scientifique, "croisé le nom de cet inattendu défricheur des mémoires" qui est Rouadjia! Inutile de faire étalage, comme le fait mon détracteur, de mes écrits tant ceux-ci sont connus de tous, sauf de ce dernier, et dont le "droit de réponse" qu'il me fait ici ne résiste pas à l'analyse des faits évoqués dans l'article incriminé.

D'entrée de jeu, M. Merdaci se pose, d'un côté, en défenseur des "principes généreux de la liberté d'expression"et dit avoir toujours eu et constamment appelé de ses "vœux" l'usage salutaire de la critique  envisagée comme "un gage de l'enracinement du débat d'idées, si nécessaire à l'évolution de notre société.".Mais, de l'autre côté, il s'effarouche et s'offusque lorsque cette même liberté d'expression et cette même posture critique touche à sa position ambiguë dans le champ de la recherche historique ou sociologique. A court d'arguments, il m'accuse de verser dans "L'amalgame, digne des dénonciations anonymes", phrase qui dénote à la fois le remplissage et le contresens. Remplissage, car le mot amalgame connote la réduction d'un être à ce qu' n'est pas. Il est donc improprement employé dans le contexte de cette phrase. Dire qu'Untel n'est pas historien de métier, mais sociologue de profession, ne ressort pas de l'amalgame, mais d'une vérité évidente, pure et cristalline. Contresens, car il est faux d'affirmer que j'ai usé de dénonciations anonymes, alors que j'ai désigné des personnes en chair et en os, qui ne ressortent pas de l'anonymat, mais du domaine publique. J'ai affaire ici à des chercheurs plus ou moins connus, qui critiquent des auteurs et des oeuvres et qui se prêtent à leur tour à la critique scientifique. Où est donc l'amalgame et la dénonciation anonyme? Que suppose "la liberté d'expression" et de pensée, sinon la confrontation pacifique des idées et des opinions qui seules enracinent dans les habitudes et les mœurs sociale et politique  le "débat d'idées, si nécessaire à l'évolution de notre société "?

Contrairement à ce que pense mon contradicteur qui affirme une chose et son contraire, il ne s'agit pas "d'une attaque ad hominem" contre sa personne, mais d'une critique sociologique fondée sur le constat amère que reflètent la pesante dépendance culturelle  et l'hétéronomie de la volonté dans lesquelles se trouvent confinés bon nombre de nos chercheurs qui se complaisent volontiers dans la situation "d'objet de recherche" plutôt que dans la position d'acteurs  actifs, agissant et autonomes. Pourquoi produire des thèses sur l'Algérie et non pas des thèses sur l'Eglise de France, sur le Parlement d'Angleterre ou sur la transition démocratique dans les pays de l'ex-bloc soviétique? Inverser le regard, c'est renverser le rapport traditionnel dominant –dominé, c'est s'affranchir de l'aliénation dont parle à juste titre Frantz Fanon…

ِCe qui est curieux, c'est que dans son "droit de réponse", Merdaci s'empresse de se faire l'avocat des chercheurs que j'ai cités dans mon article comme étant les amis de l'historien français, Benjamin Stora, et dont l'un d'eux au moins a soutenu une thèse d’histoire sous sa direction. Il s'évertue à prendre leur défense comme s'ils n'étaient pas en état de se défendre par eux-mêmes! En quoi le fait de citer des chercheurs, de critiquer leurs travaux ou pratiques scientifiques constitue-t-il un dénigrement ou  une" insulte" comme l'insinue M. Merdaci? Est-il un sacrilège de dire que Stora exerce un fort ascendant intellectuel sur ces chercheurs cités par suite d'une amitié tissée de longue main, amitié que renforce une solidarité et une aide mutuelles? Mais pour Merdaci et consorts, j'aurais commis un forfait en qualifiant Benjamin Stora de Juif natif de Constantine, ce que l'intéressé n'a jamais nié, bien au contraire, -et le comble du scandale- aura été d'affirmer que son grand-père avait été naguère Rabbin à Khanchela. Pour lui, comme pour tous ceux qui sont gagnés par la culpabilité du "génocide", une telle désignation relève de "l'antisémitisme", comme si nous n'étions pas, nous autres Algériens, une branche de la grande famille sémitique! Quelques mots pour conclure : les seules erreurs  dont j’assume la responsabilité : la première d’avoir qualifié plutôt par lapsus Mohamed Gherras d’économiste alors qu'en vérité il est sociologue de formation. Par ailleurs, je n'ai cité nulle part le secrétaire du MESRS, comme l'écrit mon contradicteur piqué au vif, mais j'ai évoqué seulement et comme en passant le nom d'un chercheur et non d'un institutionnel…. La seconde aura été de qualifié le grand père de Stora de Rabbin, alors qu’il s’agissait en fait de son oncle…

 

Conclusion

Contrairement à M  Ali Bahmane, qui s’est offusqué de l’emploi   du nom « juif » que j’ai appliqué à Stora, ce dernier qui se revendique comme tel n’ a pas interprété un tel qualificatif comme une insulte ou un acte « antisémite » . Lors du Forum de Marseille organisé en mars 2012 à l’initiative conjointe de la revue Marianne, de France Inter et du quotidien algérien El Khabar « sur la guerre d’Algérie 50 ans après », Stora qui était en compagnie de son inévitable ami Merdaci m’avait interpellé  à l’intérieur du Théâtre de la Criée avec un large sourire en me disant : « Tu vois, Ahmed, je ne suis point du tout rancunier… » Un geste certes  intelligent de sa part, mais qui ne signifiait pas forcément qu’il désapprouvait ses collègues algériens qui s’étaient empressés de prendre, sans qu’il le leur demandait, de prendre sa défense et de la manière des plus zélées.

Les  journaux  et les journalistes Français dont le sentiment de  culpabilité que leur inspirent les souvenirs du régime collaborationniste de Vichy avec les nazis, et les déportations par Wagons entiers de milliers de juifs Français vers l’Allemagne où ils furent exterminés, pèsent encore d’un poids très lourd  sur leurs cerveaux, ne leur viendraient jamais à l’esprit de censurer ou d’interdire l’emploi du nom juif dans un article de presse…J’ai sous les yeux un passage pris dans le tas et dans lequel le quotidien Le Monde qui, évoquant justement Stora, écrit : « Né dans la vieille médina de Constantine, il est issu d’une famille juive qui a dû quitter l’Algérie après l’indépendance. »[32]

Et que dire  par ailleurs de ceux qui revendiquent, comme Strauss Khan, non  seulement sa judaïté avec fierté, mais qui invite aussi tous les juifs à faire allégeance à Israël ? En 1991,  ce Dominique Strauss Khan déclare : « Je considère  que tout juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l'ensemble de mes actions, j'essaie d'apporter ma modeste pierre à la construction d'Israël. »[33]Les Juifs qui s’appliquent à eux-mêmes cette épithète ou ce substantif  « juif » seraient-ils antisémites ? Bahmane et consorts pourraient bien arguer que ce substantif n’aura pas le même sens selon qu’il est employé par un juif ou par un algérien. Dans le premier cas, son emploi  serait « neutre », et dans le second, il connoterait un sens négatif, voire antisémite et Bahmane  est  de ceux qui pensent que les Algériens sont anti-juifs et que l’on devrait bannir de notre langage et de nos écrits l’usage du mot juif  ou d’en en faire un usage qui se prêterait le moins possible à équivoque, et le mot hébraïque conviendrait peut-être mieux pour qualifier cette confession…

 

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STORA, Benjamin, Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens : ENA, PPA, Paris, L’Harmattan,1985.

TOUMI TEGUIA, Mohamed, L’Algérie en guerre, Alger, OPU, 1981

Khalida Messaoudi : Khalida Messaoudi, entretiens avec Elisabeth Schemla, Une Algérienne Debout, Paris, Flammarion, 1995

VALLET, Eugène , un drame algérien. La vérité sur les émeutes de mai 1945, Paris, les Grandes Editions françaises, Paris, 1949, 288 p.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Lire l’article fort instructif de Guy Pervillé, intitulé « La revendication algérienne de repentance unilatérale de la France (2004) » dans lequel  il analyse, entre autres, le discours prononcé par le président Bouteflika en 2004 dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale française, demandant en filigrane à la France de faire sa « repentance ». Article publié dans Némésis, revue d’analyse juridique et politique, Presses Universitaires de Perpignan, n° 5, 2004, pp. 103-140, et reproduit le samedi 26 février 2005 sur le site de l’auteur http://guy.perville.free.fr.

[2] In El Khabar, 13 juin 2011./

[3] Voir Ahmed ROUADJIA « La mémoire contre l’histoire » in Algérie News, 19 février 2012, p.11-12.

[4] Voir , entre autres, Les déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier-dattier (1864 à nos jours), Paris,L’ Harmattan,- Histoires et perspectives méditerranéennes, 2006 ;

- Algériens et Maghrébins en Nouvelle Calédonie -De 1864 à nos jours

 

[5] En 2006, elle est l’invitée de sa maison d’édition algéroise, La Casbah, et participera à la 13e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA) qui s’est tenue au Palais des Expositions.En 2008 durant le festival du film d’Alger,  elle est l’invitée du recteur de l’université d’Alger qui lui réservera, il est vrai, un accueil chaleureux mais qui sera cependant gâché par les spécialistes des « ragouts » et  de la délation….

[6]  Ses principaux travaux se condensent dans les titres que voici :BARBANCON, Louis-José,    L'Archipel des forçat : l'histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie (1863-1931); préface de Michelle Perrot. - Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2003. - 447 p. : ill. ; 24 cm. - (Histoire et civilisations) ; Le Pays du non-dit: Regards sur la Nouvelle-Calédonie. Nouméa: édité par l'auteur, 1992 ; La Terre du lézard. Nouméa: Éditions Île de lumière, 1995 ; « Les Origines de la colonisation pénale en Nouvelle-Calédonie (1810-1863) ». Mémoire de D.E.A. d'histoire, Université française du Pacifique, 1992 ; « Déportation et colonisation pénale en France (1789-1847). Introduction à la colonisation pénale en Nouvelle-Calédonie ». Mémoire de maîtrise d'histoire, Université de Provence, 1991 ; « Entre les chaînes et la terre. L'évolution de l'idée de déportation au XIX° siècle en France, aux origines de la colonisation en Nouvelle-Calédonie. Thèse de doctorat d'histoire, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, septembre 2000 ; L'Archipel des forçats: Histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie, 1863-1931. Préface de Michèle Perrot. Lille: Presses Universitaires du Septentrion, 2003.

 

[8] Témoignage tiré du lien suivant : http://www.bordj.info/spip.php?mot38. Je reproduis ici, à quelque virgule près, le témoignage tel qu’il est donné sur le site…

 

[9]Source :http://www.radioalgerie.dz/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=7227:des-historiens-plaident-pour-un-bilan-des-crimes-de-la-periode-coloniale-francaise-en-algerie&catid=5:histoire&Itemid=50

[10] Voir par exemple Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la République,  Paris, Editions de Minuit, 1972 ; et Face à la raison d’Etat. Un historien dans la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1989

[11] «  L’activisme  l’emportait (et l’emporte encore aujourd’hui) sur la réflexion. » In Monique Gadant, Parcours d’une intellectuelle en Algérie. Nationalisme et anticolonialisme dans les sciences sociales, Paris, L’Harmattan, 1995,p.89.

[12] Voir le suivant:http://www.radioalgerie.dz/fr/index.php?:des-historiens-plaident-pour-un-bilan-des-crimes-de-la-periode-coloniale-francaise-en-algerie&catid=5:histoire&Itemid=50

[13] Lire  « Sommaire Portrait Benjamin Stora&faits Documents

N°179 1er au 15 septembre 2004 ». Lettre d’informations confidentielles d’Emanuel Ratier

[14]   Sadek Sellam « Stora et sa tardive séparation de l’histoire et de la politique » in

http://www.uam93.com/news/b-stora-et-sa-tardive-separation-de-lhistoire-et-de-la-politique-2013.html

 

 

 

[15] Emanuel Ratier, ibid.

[16] Voir Ahmed ROUADJIA, Les enfants Illégitimes de la République. Les beurs et les figures emblématiques de l’action humanitaire, Paris, Maisonneuve &Larose, Paris, 2004.

[17] Sadek Sellam, ibid.

[18]. Le Rabbin, qui fait généralement office de chef d'un consistoire  israélite ( il en existe un encore un à Constantine dans la vieille ville) es l'équivalent en islam d'imam ou de mufti.

[19]  Voir Messali Hadj (1898-1974), pionnier du nationalisme algérien, Le Sycamore, Paris, 1982; réédité en 1986 aux éditions L'Harmattan, Paris, 1986, 302 p.

[20] .Voir Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, 1926-1954 (ENA-PPA-MTLD), Paris, éditions L'Harmattan, 1985, 404 p.

[21] .Voir Aouate ( Y.-C), Les Juifs d'Afrique du Nord de 1939 à1944, Nice, thèse, 1985, 2.vol.

[22] .Voir Simon Jacques, Messali Hadj par les textes.

Textes choisis et présentés par Jacques Simon, Editions Bouchène, Paris, 2000,299 p

[23] Voir Benjamin Stora et Zakya Daoud, Ferhat Abbas. Une utopie algérienne, Paris, Denoël, 1995, 429 p.

[24]  Voir Robert Bonnaud "Guerres d'Algérie. L'ancienne et la nouvelle" in La Quinzaine littéraire, du 1er au 15 avril 1995, p.25-26.

[25] Publié aux éditions de la Découverte, Paris, 1991.

[26].Note enregistrée sous le N° 82 2094 et transmise à l'Université de Paris VIII avec la  référence DES-82 572 accompagnée de  la mention : " courrier arrivé le 6/09/82. Pour le recteur et par délégation. Le  Chargé de Mission à la Chancellerie des Universités.

S. Marchais".   

 

 

 

 

 

[27].Voir  Mohamed Gherras, "capitalisme agraire, agriculture privée et paysannerie parcellaire de 1970-1984. Essai d'analyse et formes de décomposition de la paysannerie parcellaire, étude de cas : la région de Mouladhein et Terragult dans les hautes pleines de l'Est algérien" ( thèse de doctorat d'histoire soutenue en 1997, à Paris VIII, Saint Denis, sous la direction de Benjamin Stora.

 

[28] Benjamin Stora, Algérie. Formation d'une nation, suivi de Impressions de voyages. Notes et photographies, printemps 1998.

[29] . Op.cit, p.84.

[30] Voir Kamel Kateb, Européens, "indigènes" et Juifs en Algérie (1830-1962), Paris, INED, 2001, préface de Benjamin Stora.383 p.

[31]. Khalida Messaoudi : Khalida Messaoudi, entretiens avec Elisabeth Schemla, Une Algérienne Debout, Paris, Flammarion, 1995.

 

[32] In Le Monde 24 avril 2001, p16.

 

[33] Cette citation est extraite d'un article diffusé dans la rubrique "Réseau" de ce PiP : N° 26. Trop Proche-Orient par Slimane Zéghidour in La Vie,  jeudi 11 avril 2002. Qui est-il ce Strauss Khan ? Député du groupe Socialiste à l'Assemblée Nationale française, Membre de la commission des affaires étrangères, adjoint au Maire de Sarcelles, dans le Val-d'Oise, ancien Ministre de l'industrie et du commerce extérieur d'avril 1992 à mars 1993, ancien Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie de juin 1997 à novembre 1999,

 

 

 

 

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